Dans une communication du 1er juillet 2022, l’Union Européenne a validé la redéfinition de la délimitation de l’appellation   et le regroupement de certaines parcelles pour de multiples raisons.  La protection de l’environnement à plusieurs niveaux est cependant le fil rouge qui sous-tend ce remembrement.  De nombreuses méthodes de gestion et de protection de la vigne ne sont possibles ou efficaces que si elles sont appliquées dans un vignoble remembré.

Les vignes d’un seul tenant limitent les dangers environnementaux des traitements de la vigne par pulvérisation héliportée

Les mesures phytosanitaires mises en œuvre dans la viticulture ne sont pas toujours compatibles avec d’autres cultures et nécessitent donc, pour garantir la qualité, que les vignobles soient d’un seul tenant. Sur de nombreux versants escarpés historiques de la Moselle, la protection phytosanitaire est assurée par pulvérisation héliportée, ce qui, pour des raisons techniques et physiques, présente un risque de dérive plus élevé que l’application au sol. Pour pouvoir effectuer correctement la pulvérisation héliportée, il est préférable d’avoir une géométrie de pulvérisation sous la forme de longues bandes droites le long de la surface de la pente. Cela requiert un vignoble d’un seul tenant. Si,malgré une application correcte des produits,ceux-ci dérivent vers des parcelles voisines utilisées à d’autres fins, il peut en résulter des dommages végétatifs indésirables sur la zone non cible, une perte de qualité ou une perte de la capacité de commercialisation du produit en raison de la présence de certains résidus de produits phytosanitaires.

Des stratégies de protection phytosanitaire douces, qui présentent des avantages qualitatifs, écologiques et économiques, sont importantes pour garantir une production durable de vins de qualité.

Les vignes d’un seul tenant facilitent la lutte contre certains ravageurs de la vigne par des méthodes douces

Des méthodes largement utilisées et établies de longue date,telles que la lutte contre les vers de la grappe au moyen de phéromones. Cette stratégie ne fonctionne que sur les grandes parcelles remembrées: seule cette configuration permet de recourir efficacement à la méthode de confusion des mâles pour empêcher la prolifération des ravageurs en dehors du vignoble et leur incursion dans les vignes. C’est l’unique moyen de faire l’économie d’un onéreux double accrochage de diffuseurs de phéromones en bordure de parcelles (limites avec d’autres cultures, types d’utilisation ou autre végétation). À cela s’ajoute, en Rhénanie-Palatinat, le fait que le programme de développement «EULLE» (mesures environnementales, développement rural, agriculture, alimentation) ne prévoit la promotion de procédés biotechniques de protection des plantes en viticulture que sur les surfaces de minimum 2 hectares en un seul tenant. Si des parcelles tombent en dessous de ces 2 hectares en raison du déplacement de certaines vignes vers des terres arables, les vignes restantes ne seraient plus éligibles pour la pose de diffuseurs de phéromones, ce qui entraînerait un désavantage économique pour les exploitants. Sans soutien financier, la protection phytosanitaire biotechnique n’est actuellement pas rentable. Il en résulte une augmentation de l’utilisation d’insecticides, ce qui a, à son tour, des conséquences négatives sur l’équilibre naturel.

Les vignes d’un seul tenant facilitent la protection contre la destruction d’une partie de la récolte par les oiseaux

Les vignobles d’un seul tenant sont également nécessaires, tant du point de vue technique qu’économique, pour repousser les oiseaux afin de protéger les raisins mûrs contre les dommages liés au picorage ; c’est la seule façon d’assurer une protection efficace. Comment ?

Les vignes d’un seul tenant permettent également d’éviter les dégâts causés par le gibier.

La réduction de la population de gibier est nécessaire, entre autres, parce que les dégâts qu’il cause dans les vignobles de Rhénanie-Palatinat ne donnent généralement pas lieu à indemnisation. En outre, cela permet de réduire le risque d’apparition de la peste porcine africaine, une maladie à déclaration obligatoire qui représente un risque considérable pour l’élevage d’animaux en Allemagne. Les mesures de contrôle des populations de sangliers sont plus susceptibles de réussir et moins coûteuses dans les vignobles d’un seul tenant que dans les zones où les cultures comme la viticulture, les cultures agricoles et les vergers sont alternées, qui offrent aux sangliers des refuges et des sources de nourriture.

Les vignes d’un seul tenant facilitent l’installation des systèmes d’irrigation

L’irrigation goutte à goutte prend de plus en plus d’importance, surtout dans les jeunes plantations où elle favorise l’enracinement des vignes. Les domaines viticoles d’un seul tenant sont ici un grand avantage pour la mise en place et l’exploitation de l’infrastructure nécessaire (puits, conduites, etc.) La collecte en commun de l’eau et l’utilisation commune des canalisations de transport et de distribution deviennent ainsi plus efficaces et moins chères.

Les vignes d’un seul tenant pour préserver l’héritage culturel des vignes de la Moselle.

Les vignobles contigus qui s’étendent sur les coteaux de la vallée de la Moselle, qui suivent depuis des siècles le cours de la rivière et la topographie naturelle, sont caractéristiques du paysage et définissent ainsi le caractère de la région viticole auprès de ses habitants, des acteurs de l’économie viticole de la région, des professionnels et également des consommateurs. Le déplacement de la viticulture vers des terres agricoles traditionnelles entraînerait une modification du paysage qui s’est modelé au fil des siècles et, partant, du paysage culturel qui s’est développé.

Treize paysages viticoles historiques le long de la Moselle constituent le cœur de la candidature «Historische Weinberge der Kulturlandschaft Moseltal» (Vignobles historiques du paysage culturel de la vallée de la Moselle), que l’association Weltkulturerbe Moseltal e.V. a présentée au Land de Rhénanie-Palatinat en 2021. L’objectif de cette candidature est l’inscription de ces paysages viticoles historiques sur la liste indicative de la République fédérale d’Allemagne et, de là, la reconnaissance de ces régions en tant que patrimoine mondial de l’UNESCO.

il ne faut pas augmenter la proportion de vignobles disséminés existant déjà de manière isolée, qui présentent les nombreux inconvénients exposés ici, conclut le document de l’Union Européenne. Nous avons demandé au producteur emblématique de la Moselle JJ Prüm de nous faire part de ses observations sur l’ampleur et les conséquences de cette réorganisation.

C’est aujourd’hui le plus grand vin australien même si le Penfolds Grange peut aussi légitimement revendiquer ce statut. Il provient d’une parcelle de 8 hectares, dont seuls 4 hectares sont encépagés en Shiraz.    Bien que l’on ne connaisse pas exactement la date de l’établissement du vignoble, on estime que les premières vignes furent plantées aux alentours de 1860. Les plus vieilles vignes ont donc 150 ans et les plus jeunes, plus d’une cinquantaine d’années. Il est vrai que le vignoble bénéficie de conditions quasi idéales pour la culture de la vigne, à une attitude de 400 mètres, et il reçoit en moyenne 520 mm de pluie par an. Les sols, non irrigués, sont constitués de terreau décomposé à forte proportion de sable et d’alluvions reposant sur un substrat d’argile. Peu de pays au monde peuvent revendiquer l’élaboration d’un vin d’exception à partir de vignes aussi anciennes. Les vignes sont pré-phylloxériques et franches de pied, ce qui ajoute encore un peu plus de ‘mysticisme’ à ce vignoble planté auprès d’une petite Église luthérienne qui donna son nom au vignoble. Car les premiers colonisateurs de cette région furent des luthériens venus de Silésie fuyant les persécutions des catholiques après l’annexion de la Silésie par les Habsbourg. C’est en 1881 que la famille  Henschke acquit la propriété et Pru et Steve Henschke sont aujourd’hui la quatrième génération de viticulteurs propriétaires du domaine.  Les vignes les plus anciennes sont taillées en gobelet, elles ne  sont pas  irriguées et ont des rendements que ne dépassent pas 2,5 tonnes par hectare. La densité de plantation est faible (3,1 mètres entre les ceps et 3,4 mètres entre les rangs). On aurait pu penser que la visite d’un vignoble pré-phylloxérique ne serait pas possible car l’ Australie n’est pas exempte de phylloxera. Eh bien pas du tout, nous avons pu passer une bonne heure dans ce vignoble mythique ainsi que dans le vignoble de Mount Edelston juste à côté, vignoble de syrah, lui aussi centenaire depuis 2012. La visite était commentée par Mélanie Keynes, la directrice export du domaine. Le nom ne vous dit rien… on en parle pourtant beaucoup depuis quelques années… Mélanie est la petite fille  du célèbre économiste John Meynard Keynes, celui qui contrairement à Adam Smith, qui croyait  à ‘la main invisible du marché’ pour réguler sans failles l’économie capitaliste. John Meynard Keynes   prônait, lui, l’intervention économique conjoncturelle avec des  politiques étatiques. L’histoire récente lui a donné raison.

Ce qui frappe dans ces vignobles, à part la densité de plantation inhabituelle en Europe, c’est la masse foliaire importante pour contrôler la vigueur de la vigne ainsi que la taille des vieux ceps de vigne d’une structure particulièrement noueuse.  La viticulture sous la responsabilité de Pru évolue vers une viticulture organique voire bio-dynamique. Il n’y a plus de labour  et de la paille est utilisée sous les rangs pour aider le sol à retenir  la fraîcheur tout en fournissant en même temps la fumure et en empêchant les mauvaises herbes de se développer..

En 1986, Pru et son assistante (Ursula Linsser) décidèrent d’identifier  les vignes les plus susceptibles de fournir les meilleures caractéristiques pour être clonées et ainsi fournir le meilleur matériel génétique pour les futures générations. Rien ne fut laissé au hasard, la floraison, la véraison, la présence de virus, le grain des raisins, l’équilibre acide-sucre furent analysés pour permettre d’identifier les vignes qui vont  contribuer au développement du vignoble dans les 20 prochaines années.

La première mise en bouteilles de la cuvée Hill of Grace Shiraz n’intervint qu’en 1958 soit une centaine d’années après l’établissement du vignoble. C’est à cette époque, dans le début des années 1950, que Max Schubert commence à élaborer sa fameuse cuvée de Penfolds qui portera la nom de Grange Hermitage jusqu’en 1989, avant que le nom Hermitage soit enlevé sous la pression des autorités françaises et européennes.

Si un grand nombre de domaines australiens ressemblent plus à des raffineries qu’à des domaines viticoles, ce n’est pas le cas chez Henschke et c’est Stephen qui y assume la direction de la vinification. Au chai, on a parfois l’impression que le temps s’est arrêté; cuves en béton enterrées, cuves ouvertes, barriques françaises pour la cuvée Hlll of Grace pour un élevage en bois neuf d’environ 18 mois.

Si autrefois les grandes cuvées de Shiraz avaient tendance a vouloir bénéficier de la réputation de  la  Barossa Valley en associant leur nom à cette région, la plus prestigieuse d’Australie et  qui borde l’Eden Valley , aujourd’hui  c’est  la région de provenance, Eden Valley, qui est mise en avant , car en fait l’Eden Valley produit des vins d’une plus grande fraîcheur que la Barossa Valley car elle se situe à une altitude plus élevée,  ce qui confère aux vins de cette région, et en particulier au Hill of Grace,  une plus grande fraîcheur et buvabilité que son alter égo Penfolds Grange dont la provenance des raisins varie d’une année sur l’autre et dont la composition comprend en général 5% de Cabernet sauvignon.

Une seule ombre au tableau… comptez 600 ou 800 Euros pour une bouteille des derniers millésimes. Mais à boire au moins une fois dans sa vie…car vous boirez, en plus du vin. … de l’histoire.

Il n’y a pas assez de mots pour décrire cette région située à deux heures de route environ au nord de Sydney en Australie

Bizarre, déconcertante, étonnante, imprévisible, inattendue, inespérée, singulière, stupéfiante, surprenante, troublante… et encore ces mots sont-ils trop faibles pour décrire cette région où on ne devrait pas pouvoir faire du vin.

C’est pourtant une des  régions viticoles les plus anciennes d’ Australie et qui doit en grande partie son succès à sa proximité avec la ville de Sydney et à la détermination d’un homme, James Busby, considéré aujourd’hui comme le fondateur de la viticulture australienne.

C’est sans doute lors de l’exposition universelle en 1855, qui consacra la fameuse classification bordelaise, que la Hunter Valley allait connaître son heure de gloire. Dans les rapports officiels des juges, la Hunter Valley était décrite comme une région qui produisait, non seulement des vins semblables à ceux de la vallée du Rhône, mais aussi des rouges de faible couleur que l’on trouvait en Bourgogne et sans oublier les mousseux dont la qualité pouvait rivaliser avec les meilleurs vins de Champagne et même des  vins doux qui pouvaient concurrencer ceux de Montignac et du Cap.  Ce fut même un effervescent de la Hunter Valley qui fut choisi, en préférence à un Champagne, pour honorer la cérémonie de clôture en présence de Napoléon III.

Exposition Universelle de Pars en 1855. Source: Par Émile Thérond — Adolphe Laurent Joanne, « Paris illustré: nouveau guide de l’étranger et du Parisien », Hachette, 1867, p.697, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/

L’abandon des droits de douane entre les États au début du XX e siècle et le changement du goût des Australiens pour des vins mutés allaient précipiter le déclin de cette  région viticole qui allait renaître après la guerre et engendrer certains des personnages les plus charismatiques de l’industrie viticole australienne (Len Evans, Maurice O’Shea, Murray Tyrrells).

Il est extrêmement ardu de comprendre la viticulture des pays étrangers avec des références uniquement   françaises tant il est difficile d’appréhender toutes les variables qui peuvent influer sur elle.

Le climat de la Hunter Valley est régulièrement décrit    comme un climat méditerranéen, alors que la région est soumise à un climat subtropical et faire de la viticulture et du vin sous des climats tropicaux et subtropicaux n’est pas une mince affaire. La latitude nordiste de la région et sa proximité avec l’ océan Pacifique en font sans doute la région la plus chaude et la plus pluvieuse de toutes les régions de production de vins de qualité internationale . Ce sont les montagnes à l’ouest et au nord de la vallée qui, en constituant un entonnoir, permettent aux ventx frais de l’océan de pénétrer  dans la zone viticole et agissent comme un régulateur thermique. Sans cette configuration topologique, la viticulture dans cette région ne serait pas possible. Cette particularité géographique n’est pas sans ressembler à l’ouverture de la  baie de San Pablo qui provoque un abaissement important de la température dans le vignoble de  la Napa Valley.  Mais cela n’est pas sans apporter une contrepartie négative dans la Hunter Valley car la région est balayée par des pluies qui peuvent être diluviennes.

Et pourtant… cette région d’une grande beauté mais dont tous les paramètres indiquent qu’elle devrait être  inhospitalière pour la culture de la vigne produit  les plus grands sémillons australiens qui ne titrent pas plus de 10,5-11,5 o d’alcool, des chardonnays de grande classe, (en particulier chez Tyrell) et des shiraz dont la typicité est très différente de celle des autres régions viticoles en particulier  de la Barossa. On les a souvent décrits comme ayant des arômes et des saveurs de selles de cuir suintant  à une époque où beaucoup de journalistes ignoraient les caractéristiques  organoleptiques des contaminations aux Brettanomyces mais il est vrai que les personnages de la trempe des Len  Evans, Tyrrels et O’Shea savaient alimenter les histoires les plus farfelues avec   faconde.

Hunter Valley wine region. Source: non identifiée

Alors comment peut-on expliquer le paradoxe de cette  région dont les températures peuvent atteindre 45 o C ( température où la vigne cesse de fonctionner)  et qui est constamment balayée par la pluie pendant la période de maturation des raisins  et pendant les vendanges? La réponse est contenue dans la question. C’est justement la pluie qui permet à la vigne d’être suffisamment rafraîchie pour permettre à la photo-synthèse de continuer à s’effectuer. Si l’on ajoute à cela que les sémillons sont plantés sur des terroirs sableux à fort drainage et qu’ils sont souvent récoltés avant les grosses pluies qui sévissent habituellement  pendant les vendanges, on a des vins d’une grande fraîcheur, presque cisterciens en début de vie et qui ne sont mis en général sur le marché que 5 ans après la mise en bouteille et qui pour les meilleurs possèdent un potentiel de garde de 30 ans ou plus.  Les Chardonnays sont bien  typés et  dépassent rarement les 13.5 o d’alcool comme les Shiraz qui ont des caractéristiques de fruit moins explosifs que ceux des régions chaudes. ils sont plus minéraux, avec des tannins un peu poudreux, des boisés bien maîtrisés. 

Une région remarquable en tout point.

Par Ricardo Uztarroz* pour Claude Gilois http://www.terroirsdumondeeducation.com/

*Co-auteur avec Claude Gilois de Tour du monde épicurien des vins insolites (Arthaud), auteur de La véritable histoire de Robinson Crusoé et Amazonie mangeuse d’hommes (Arthaud), de la nouvelle Le dernier chercheur de la vallée de la Mort dans Ce qu’ils font est juste (Don Quichotte) concepteur et auteur de Amazonie, la foire d’empoigne (Autrement) traducteur de L’homme qui acheta Rio (Série noire).   

        Peut-on un seul instant imaginer un 14 juillet sans défilé militaire sur les Champs-Elysées, suivi de « l’interviouve » (obligatoirement complaisante) du Président de la République dans le cadre bucolique des jardins de l’Elysée (quand il fait beau, bien entendu) au cours de laquelle il se consacre à son propre éloge, mais, surtout, sans étape du Tour qui n’est plus tout à fait un tour de France puisque son parcours se concentre sur les deux majeurs massifs montagneux de l’Hexagone, les Alpes et les Pyrénées, et ne visitent le reste du territoire qu’épisodiquement tous les deux ou trois ans ?

         Juste un exemple, la Bretagne bien que terre de champions du guidon et du pédalier à l’instar du très élégant Louison Bobet, est souvent tenue à l’écart (tiens y a presque un alexandrin entre instar et écart).

         Sans ces trois évènements, la France (bien sûr républicaine) ne serait pas la France, Paris toujours Paris, et le vélo, la plus noble conquête de l’homme, après le canasson fusse-t-il de trait, de somme ou de course,  conquête qui déchaîne, comme en ce jour de Fête nationale 2022, les passions surtout quand son troupeau bigarré de pédaleurs « Sans-culottes » chevauchant leur étrange monture est envoyé à la prise d’une Bastille nommée Alpes d’Huez au milieu d’une foule à l’enthousiasme singulièrement aviné…

          Avant d’aller plus loin dans notre propos, une précision historique (au double sens de cet épithète : à savoir qui se rapporte à l’histoire et qui fait date donc marque celle-ci) s’impose. La rigueur intellectuelle qui est la marque indélébile de ce site, et de l’auteur de ces lignes, nous somme de rappeler que, contrairement à une idée reçue solidement enracinée dans nos courtes mémoires, ces trois traditions qui estampillent le 14 juillet dans sa qualité de Fête nationale fondatrice de l’identité française, sont récentes même si elles ont eu des antécédents.

          C’est en effet Mitterrand qui a scellé en 1980 le retour du défilé de nos troupes sur la dite plus belle avenue du monde, boudée aujourd’hui par les Parisiens car trop courue par les touristes du monde entier, faisant d’elle une enclave cosmopolite. Il donnera au défilé tout son faste en 1989 à l’occasion du bicentenaire de la République dans une volonté d’amalgamer régime politique et nation : la République, c’est la France, et la France, c’est la (pas une) République. La France serait devenue nation avec l’instauration de la République. Dans la vision jacobine, une monarchie ne peut être une nation, vu que ses habitants sont des sujets (donc assujettis à la volonté du Prince) et non des citoyens (libres et égaux… en principe pas en réalité).

             Voulant faire peuple, c’est son prédécesseur, l’aristocratique Giscard d’Estaing qui avait interrompu cette coutume datant seulement de 1946, en envoyant en 1974, à peine élu, troufions, légionnaires coiffés de leurs képis blancs, chars, transports de troupes, musique des armées, etc… parader entre Bastille et Nation, sur le cours de Vincennes, puis République et re-Bastille. Sous la pression de l’opinion, le défilé réinvestira néanmoins les Champs à trois reprises, en 1976-78 et 80, sans doute cette année-là, en raison d’une arrière-pensée électorale qui ne portera pas le fruit espéré.

              Le 14 juillet a été élevé au rang de Fête nationale en 1880 par une loi promulguée seulement huit jours avant. Pour marquer l’évènement, le premier défilé militaire des 14 juillet fut organisé sur l’hippodrome de Longchamp. Près de 300 000 personnes y assistèrent ce qui inspira la célèbre chanson « En revenant de la revue… ».

Celui-ci ne fut pas que festif. Il contenait un double message politique, un destiné aux Français qui visait à effacer l’humiliante défaite de 1870, deux, à l’adresse des Prussiens, à qui il leur disait « Venez, cette fois-ci on est prêts à vous recevoir comme il se doit. » Semble-t-il que l’avertissement ne parvint pas aux destinataires puisqu’ils revinrent en 14… On connaît la suite qui est un tout autre sujet….

          A partir de cette date, le défilé s’érigea en rite incontournable, sauf pendant les deux guerres et pour cause, l’armée ayant autre chose à faire que battre le pavé. Avant d’investir en 1946 la distance qui sépare l’Arc de Triomphe de la place de la Concorde (jamais dans l’autre sens), on le balada de la Bastille à la Nation, à République, à Vincennes, à l’hippodrome de Longchamp, au Bois de Boulogne, et fit quelques intermittentes incursions sur les Champs Elysées.

           En 1958, fraîchement de retour aux affaires, de Gaulle l’utilisa à une fin politique explicite. Pour rassurer les Pieds-noirs. Il mit en tête de cette martiale procession, les régiments coloniaux, signifiant de la sorte que l’Empire et surtout l’Algérie étaient français et le resteraient. Quatre ans plus tard, cette dernière gagnait son indépendance bien que le FLN fut défait militairement et l’Empire se délita.

           En revanche, « l’interviouve » présidentielle est beaucoup plus récente. Le 14 juillet 1978, voulant cette fois-ci faire moderne puisque sa tentative de faire peuple fit plouf, Giscard d’Estaing dédaigna le pompeux et ampoulé discours qui accompagnait cette célébration et opta pour le « relax max » jeu des questions-réponses, inventant en même temps l’art de l’autocongratulation, de la satisfaction de soi affichée avec une suffisance zézéyante, tout à l’inverse, en somme,  de la Chine où quelques années auparavant on s’y adonna sans restriction et sadisme  à l’autoflagellation baptisée pudiquement autocritique.

            Le très monarque Mitterrand s’y complut dans ce jeu anodin, Chirac s’en amusera en s’autorisant quelques grivoiseries (le fameux, on m’en touche une…), Sarkozy, revêche, n’y sacrifia pas. Après cette interruption de cinq ans, c’est Hollande qui rétablira cet échange faussement spontané (les questions sont soumises par écrit à l’approbation du cabinet du président lui octroyant ainsi le temps de préparer ses réponses), et Macron s’est finalement résolu à renouer avec cette pratique qui n’a jamais donné lieu à une annonce fracassante, sauf une fois en 1992 quand Mitterrand reconnut la responsabilité de l’Etat français dans la déportation des Juifs.

           Sûrement que le lecteur piaffant de connaître la suite se demande pourquoi cette longue digression. Tout simplement pour lui rappeler que ce qui paraît ancré de longue date n’est pas aussi ancien qu’on l’imagine, que la coutume est souvent contingente pas immanente comme on a l’impression, que sa survie ou sa disparition est souvent conséquence des facéties de l’histoire. Parenthèse, sans pour autant, et malgré la pertinence de ces annotations, que l’auteur de celles-ci ne se prenne ni pour Platon ou ni Socrate.

              Ainsi l’Alpes d’Huez, pour revenir à notre propos, le monument emblématique du Tour, le théâtre de la plus gigantesque cuite collective de l’histoire, envahi par une foule estimée entre 200 et 300 000 individus, où les drapeaux d’innombrables nations se donnent rendez-vous dans une « entente cordiale », où on trinque et retrinque sans comprendre un mot de la langue de l’étranger qui remplit votre godet de plastique, et ses 21 courbes en épingle à cheveux, sa pente moyenne de 8,3%, n’a été pris d’assaut pour la première fois de l’histoire de la plus grande et populaire épreuve sportive du monde par les coureurs du Tour qu’en 1952. Cette ascension inaugurale fut remportée par Fausto Coppi, aussi grand tombeur de ces dames, preneur de leurs corps et âmes, que collectionneur de victoires, à la fin tragique, d’un romantisme digne du grand cinéma italien d’alors qui nous donna d’émouvants chefs d’œuvre comme « Le voleur de bicyclette ».

             A l’époque, on n’avait connaissance des exploits de ces héros de la Petite reine que par la radio où sévissaient un loquace Georges Briquet dont l’imagination n’était jamais prise en défaut, auquel succéda un certain Robert Chapatte qui ne chômait pas dans le levage de coude, et par la lecture du journal du lendemain où certaines plumes n’hésitaient pas à s’abandonner à l’emphase, sous l’effet, à l’instar d’Antoine Blondin, le scribouillard génial qui avait « tout lu et tout bu », d’une consommation peu modérée dans la gente journalistique de gorgeons de « petit rouge, blanc ou rosé » des terres traversées. A l’époque, on ne nous bassinait pas avec « deux verres par jour et pas tous les jours ». Ce « pas tous les jours » suggère chez des esprits mal tournés, comme le géniteur de ces lignes, qu’on peut s’en jeter derrière la cravate autant qu’on en veut les jours où on ne se limite pas à deux. En cet an 1952, rien ne laissait présager que le 14 juillet 2022, soit 70 ans plus tard, la retransmission télé de l’escalade de ce col (pas de bouteille) à la force du jarret allait exploser l’audimat. Elle a rassemblé plus de huit millions de téléspectateurs, plus de 50% des dites parts de marché, du jamais… vu. A côté, le défilé militaire et ses quatre millions et les six millions qui ont assisté au début de « l’interviouve » puis ont progressivement décroché pour rallier la Trois et la Deux avides de connaître le dénouement de l’étape, font pâle figure. S’ajoute que défilé et propos présidentiels avaient squatté cinq chaînes, laissant peu de choix, alors que l’étape n’était retransmise successivement par une seule chaîne. Donc l’événement de ce 14 juillet a bien été le Tour et sa grande noce avec le pinard…

                                                                        A suivre

              Pour tout savoir sur le vin Mariani, l’élixir des champions qui enchantait les pédales, Zaaf, le coureur musulman bourré à la clé qui repartit en sens inverse, Moineau, un drôle d’oiseau qui saoula ses rivaux et gagna l’étape à Bordeaux, sur les chasseurs à la canette, sur le brutal fondement de la diététique cycliste entre les deux guerres, prière d’attendre le deuxième volet de cette histoire homérique entre Pinard et pédale.

La viticulture domestiquée s’est étendue de la Transcaucasie (Caucasie du Sud) jusqu’à Israël d’aujourd’hui il y a environ 6 000 ans A.V.J.C. Israël était un centre important de la viticulture et du vin, approvisionnant, en autres l’Égypte, avant que l’Islam au VIIe siècle ne mette fin à l’industrie viticole au pays de Canaan.

 Le renouveau de la viticulture israélienne ne date que du XIXe siècle.

Si en Israël était découverte  une variété de cuve ancienne, autochtone et de qualité, alors il pourrait être mis  un grand coup de projecteur sur le pays viticole, cela  permettrait une mise en avant de certains vins israéliens, comme ce fut le cas pour l’Argentine avec le malbec ou la carménère pour le Chili.

Le Dr. Shivi Drori[1] est coordinateur de la recherche agricole et œnologique pour la Samarie et le Rift jordanien à l’université d’Ariel en Israël. Il est plongé dans des recherches sur les variétés locales, qui pourraient transformer le « story telling » du vin israélien.


[1] Le Dr. Shivi Drori, en plus d’être un universitaire, est propriétaire d’un petit domaine de 3 hectares à Givat Harel,  un avant-poste israélien en Cisjordanie, établi illégalement en 1998 principalement sur des terres privées palestiniennes.  Il se situe à côté du village palestinien de Sinjil, dont les terres ont été « saisies de force par les colons israéliens » afin de construire Givat Harel. La communauté internationale considère les colonies israéliennes en Cisjordanie comme illégales au regard du droit international. Des avant-postes comme Givat Harel sont considérés comme illégaux, même en vertu de la loi israélienne.

La recherche de Drori est triple. Premièrement, savoir s’il existe des variétés locales, indigènes, qui conviennent à la vinification. Grâce aux Mamelouks qui, obéissant aux règles de l’Islam   sur la consommation de l’alcool, transformèrent certaines variétés locales en raisins de table, qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui. Deuxièmement, pour savoir s’il existe une relation entre les variétés européennes locales et classiques. Et enfin, trouver s’il existe une relation entre les variétés indigènes et les pépins de raisin anciens trouvés par des archéologues et qui remontent à des centaines et des milliers d’années !

Il a prélevé des échantillons de tous les cépages locaux qu’il a pu trouver, qu’il s’agisse de vignes sauvages ou cultivées, et jusqu’à présent, il a récupéré pas moins de 120 variétés. Certains proviennent de vignobles cultivés, d’autres de vignes sauvages solitaires trouvées dans les arbres, ou même de la pergola d’un particulier trouvés sur un balcon.

Jusqu’à présent, il estime qu’une vingtaine de variétés ont le potentiel nécessaire pour faire du vin.

Dr. Shivi Drori auprès d’un ancien pressoir en Israël. Source: https://kosherwinemusings.com/2

Des vins des cépages Hamdani, Jandali, Dabouki, Marawi ont récemment été mis sur le marché auxquels il faut ajouter l’argaman, cépage autochtone récent.

Le monastère de Crémisan, qui vinifie depuis 1885, a été le premier à proposer des vins issus de cépages locaux autochtones. Leur assemblage de Hamdali et de Jandali est un vin remarquable dans un style Rhône blanc. Ce sont deux variétés qui sont cultivées principalement à Bethléem et à Hébron par des producteurs arabes. C’est de la vallée d’Eshkol, de la région d’Hébron, que provenaient les fameuses grappes ramenées il y a plus de 3 000 ans, par les émissaires de Moïse au pays de Canaan- dit la Bible-. C’est aussi aujourd’hui la principale région viticole pour certains de ces cépages rares. Plus de quatre-vingt-cinq pour cent des vignobles palestiniens sont situés dans les régions de Bethléem et d’Hébron.

Le Hamdani et le Jandali sont des raisins de cuve Vitis vinifera, mais ils ont été utilisés au fil du temps comme raisins de table. Ils sont savoureux, c’est pourquoi ils ont survécu lorsque les raisins de cuve ont été arrachés. Le Jandali est le plus aromatique avec des notes florales mais manque de densité en milieu de bouche. Le Hamdani a des arômes d’agrumes, de citron vert et de pamplemousse avec une finale plus longue. Il a plus de profondeur, se prête à l’élevage en barrique et a un meilleur potentiel.  Il convient aussi aux assemblages.

Au XIXème siècle, les caves Shor et Teperberg dans la vieille ville de Jérusalem utilisaient ces variétés pour faire du vin. Les raisins étaient livrés dans la vieille ville à dos d’âne. Un érudit du XVIe siècle, le rabbin Menahem di Lonzano, les a mentionnés comme variétés de cuve à Jérusalem. Certains disent même que ces cépages auraient été mentionnés en 220 A.P.J.C.

Recanati Winery a choisi le nom Marawi pour le vin qu’ils ont mis sur le marché. Marawi est en fait un synonyme de Hamdani. Autour de Jérusalem et de Bethléem, la variété est connue sous le nom de Hamdani mais dans le passé, lorsqu’elle était cultivée dans les contreforts de Judée et la plaine côtière du sud, elle était connue sous le nom de Marawi.

Les raisins sont cultivés à 900 mètres d’altitude près de Bethléem, sur ce qu’on appelle une pergola de style Hébron. Ils sont cultivés en sec, sans irrigation. Le vin a été fermenté en fûts dans de vieux fûts usagés et élevé sur lies.

Le vin a des arômes de citron, de miel, de pêche et une texture minérale, mais malgré les efforts, il manque un peu d’acidité. Lors de sa sortie, il a suscité l’intérêt des médias internationaux. Un cépage indigène de Terre Sainte, un producteur palestinien, un médiateur israélien, travaillant avec les Palestiniens dans les colonies des « Territoires occupés », en Cisjordanie et un vigneron israélien, c’est une belle histoire et une belle  coopération.

La variété Dabouki serait originaire d’Arménie. Cela signifie « douceur » en arabe. Il est cultivé à Bethléem et à Hébron, mais il a également été cultivé depuis la région du mont Carmel jusqu’à la plaine de Judée pendant des siècles. Dans le passé, il était principalement utilisé pour la distillation et l’eau-de-vie et les producteurs locaux d’Arak, comme El Namroud, l’utilisent encore pour produire leur vin de base avant la distillation et l’ajout d’anis.

Le viticulteur Avi Feldstein a élaboré un Dabouki avec des raisins de vignes âgées de cinquante ans dans la région du Mont Carmel et le monastère de Crémisan produit également un Dabouki des vignobles de Bethléem. Ces vins ont tendance à avoir un nez floral tropical, un corps moyen, une bouche ample, un peu comme un chardonnay gras.

Les raisins rouges locaux n’ont pas autant de succès. Cremisan Winery produit un vin rouge à partir d’un cépage indigène appelé Balady. Il n’est certainement pas au niveau des cépages blancs. Le rouge est léger, fin avec une acidité prononcée. Cependant, dans les recherches menées par Shibi Drori, il existe des variétés rouges potentielles avec des noms comme Balouti et Zeitani qui offrent plus d’espoir pour l’avenir. Alors que les recherches se poursuivent, la variété rouge typiquement israélienne est probablement l’Argaman.

Argaman, qui signifie violet foncé en araméen, est un cépage créé par le professeur Roy Spiegel à l’Institut d’agriculture Volcani. Il est le résultat d’un croisement entre le souzão, un cépage portugais et le Carignan. Il a été créé en 1972, expérimenté dans les années 80 et planté commercialement au début des années 1990.

Source: wines of Israël

Les premiers vins se distinguaient par leur couleur mais avaient peu de sophistication. Le raisin était planté dans les régions côtières chaudes, principalement dans le Shefela de Judée, et utilisé principalement pour les assemblages.

Avi Feldstein, alors vigneron chez Segal Wines, a vu un potentiel inexploité dans cette variété. Il a planté l’Argaman dans le vignoble de Dovev, à plus de 700 mètres d’altitude, en Haute Galilée. Grâce à une taille correcte, une gestion habile de la canopée et une réduction drastique des rendements, il a obtenu de bien meilleurs résultats que ceux produits dans la plaine côtière chaude. Reconnaissant un manque de tanin dans les raisins, il les fait fermenter sur des peaux de Merlot.

Le résultat était un excellent vin qui était de couleur profonde, avec des fruits rouges mûrs. Il est riche et sur la prune en bouche avec une finale bien équilibrée.

Crédit: Inspiration Adam Montefiore:https://adammontefiore.com


En 2014, la Crimée a été annexée (ou réintégrée selon les points de vue) à la Fédération de Russie. Cela s’est produit au lendemain de la « révolution » ukrainienne de 2014 contre le président Ianoukovitch, qui recherchait des liens plus étroits avec la Russie. Un référendum ultérieur controversé eut lieu en Crimée mais une écrasante majorité s’affirma pour rejoindre la Fédération de Russie.  En effet, la Crimée compte une importante population de Russes de souche, russophones, qui pensent que leur patrie est la Russie et peut-être sincèrement que la vie était meilleure du temps de l’URSS.

ion.comSource: terroirsdumooneeducation.com

Indubitablement, la cave de Massandra est au vin ce que fut au livre la grande bibliothèque d’Alexandrie. On pourrait dire de la première ce que l’écrivain argentin, Jorge Luis Borges a écrit au sujet de la seconde, qu’elle « ne peut qu’être l’œuvre d’un dieu », « une forme nécessaire de l’espace absolu » dont « le corolaire immédiat est l’éternité ».

Le domaine de Massandra remonte à l’époque tsariste et fut créé aux alentours de 1830 sur la côte sud-est de la Crimée sur une superficie de 18 hectares par le comte Michael Vorontsov.  En 1889, les légataires du comte vendirent Massandra à « l’Imperial Land Department » qui gérait tous les domaines de Tsars de Russie.

La cave est le joyau du domaine de Massandra, deux longs bâtiments à l’ombre des montagnes Ai-Petri, ont été construit par le prince Golitsyne, la figure la plus importante de l’histoire du vin russe. C’est sans doute le chef-d’œuvre de Lev Golitsyne, la cave de Massandra fut construite entre 1894 et 1897 sous sa supervision. Elle comprend trois étages de sept galléries de cent cinquante mètres chacune, qui s’enfoncent dans le flanc de la montagne. Au bout de chaque galerie, il y a une cheminée d’aération remontant à la verticale quasiment jusqu’au sommet de la montagne. Par un mécanisme, on peut régler leur ouverture ce qui permet de maintenir une température constante de treize à quatorze dégrés toute l’année. Ces galeries débouchent toutes sur une autre, immense ; celle-ci, à chacun des trois niveaux, et elle est parcourue par des passerelles qui courent sur toute la longueur. C’est là que l’on entrepose les millésimes de chaque vendange.  L’ensemble forme un énorme T souterrain.

Enfin, au niveau le plus bas, parallèle à cette gigantesque galerie, qui est en quelque sorte, la nef d’une cathédrale, il y a une autre galerie, de la hauteur de deux hommes. Là sont conservés les trésors, des bouteilles du millésime 1917, l’année de la révolution et de l’assassinat de Nicholas II, et les Jerez de 1775. Le lot en comptait six mais en 2001, le 17 octobre, l’une fut mise en vente aux enchères par Sotheby’s à Londres. Elle trouva acquéreur pour quarante-trois mille cinq cents dollars : c’était une dame asiatique qui était prête à enchérir jusqu’à cent mille dollars.  La demande suivante pour une bouteille atteint un prix de 1 million d’euros. Une augmentation non négligeable et qui, sans surprise fut déclinée par le potentiel acquéreur. Sacrilège ultime, si elles ont survécu à la révolution russe et à deux guerres mondiales, une deuxième bouteille fut sacrifiée sur l’autel de deux comparses en goguette, Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine en 2015. Berlusconi demanda lors de sa visite à en boire une, et la nouvelle directrice pro-russe de Masssandra, Yanina Pavlenko s’exécuta.  Elle fut accusée d’avoir retiré une bouteille, d’une valeur allant jusqu’à 90 000 dollars de la collection. L’histoire ne dit pas si c’était encore buvable, mais l’Ukraine en fût outrée. Le Trésor Public parla d’un vol ignoble et a   interdit à Berlusconi de visiter l’Ukraine pendant 3 ans.  Pour l’administration ukrainienne, le vin était l’héritage de tout le peuple ukrainien. Le parquet ukrainien a ouvert une enquête judiciaire pour « appropriation du patrimoine et du patrimoine national » et a déclaré qu’il ne s’agissait de rien de moins que d’un détournement de fonds. Yanina a été condamnée par contumace à 12 ans de prison, mais certains avocats affirment qu’il s’agissait de la peine de mort.

Cave « Massandra ». Source: non identifiée

Sur cet établissement viticole, il flotte aujourd’hui encore un zeste d’atmosphère soviétique, comme si l’histoire n’avait osé franchir le grand portail.  La cave de Massandra est une aberration historique, et aussi une miraculée, car elle a survécu à toutes les péripéties, à toutes les turpitudes, à toutes les folies de l’histoire tourbillonnante de la Russie. Les grands chamboulements qui s’y sont produits sur un peu plus d’un siècle – la fin de l’Empire tsariste, la révolution bolchevique, la collectivisation à marche forcée, l’occupation nazie, les déportations massives avant et après la Seconde Guerre mondiale, la déstalinisation, la perestroïka, le retour brutal du capitalisme l’ont épargnée.   

Tour à tour, l’Armée blanche, puis l’Armée rouge l’ont occupée et respectée. Elle n’a été victime d’aucun acte de vandalisme de leur part. En 1920, l’Armée blanche en déroute sous les ordres de Piotr Wrangel se replie en Crimée et prend possession de la cave. Le 7 novembre 1921, l’Armée rouge finit par franchir en force le détroit de Perekop, découvre l’existence de cette cave et en prend possession. 

Vingt ans après, à un jour près, le 8 novembre 1941, l’armée allemande commandée par le général Erich von Manstein au terme d’une bataille les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale, enfonce les lignes de défense soviétiques qui barraient l’isthme de Perekop. Quand elle investit la cave, elle ne trouve que des locaux vides. Alors que l’URSS est acculée par le rouleau compresseur nazi sur tous les fronts, Staline s’était curieusement soucié d’un détail, bien dérisoire au vu des circonstances : sauvegarder à tout prix le trésor de Massandra. Il avait dépêché trois navires à Yalta pour embarquer à la hâte la collection dans sa totalité tandis que le canon tonnait au loin. Elle fut cachée dans trois lieux sûrs, loin derrière le front, à l’abri de l’ennemi.

Quant aux cuvées récentes qui étaient encore en fûts donc intransportables, Staline les fit déverser en pleine mer jusqu’à la dernière goutte.  Quand les Allemands arrivèrent à Yalta, ils n’en crurent pas leurs yeux. La mer Noire était rouge, rouge de vin. À la fin de la guerre, à peine les Allemands eurent-ils été boutés hors de Crimée que Staline fit rapatrier le fameux trésor. Pas une bouteille ne manquait à l’appel. Le zèle qu’il mit à protéger la collection s’explique par le fait qu’il en était en quelque le père putatif. La grande passion de Staline était le vin qu’il tenait de ses origines géorgiennes, le berceau de la culture de la vigne et du vin.

Source: terroirsdumondeeducation.com

Nationalisée pour la première fois après 1917, la cave a toujours eu un certain degré de protection de l’État. Il y eut toujours des hommes d’affaires qui se présentèrent pour acheter la cave, mais jusqu’à prise de contrôle de la Crimée par la Fédération de Russie, aucun dirigeant politique n’était prêt à accepter de telles propositions. En 2009, pour s’assurer que la cave reste intacte, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko officialisa le statut national de Massandra et la pleine propriété de l’État.

Aujourd’hui, les vignobles de la cave de Massandra s’étendent sur 180 km le long des côtes sud et est, couvrant 4 000 ha. Les cépages sont variés : cabernet sauvignon, merlot, bastardo, saperavi, kagor et autres pour les rouges, et kokur, aligoté, chardonnay, rkatseteli, verdelho et sercial pour les blancs. « Avant les sanctions, la cave vendait 55 % de la production aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Pologne, en Europe et en Russie ». Ce sont les vins fortifiés, dans les styles Porto, Madère, Jerez et tout particulièrement les muscats   qui constituent le trésor viticole de cette cave.

Selon des sources russes[1], la cave de Massandra a été mise aux enchères par la fédération de Crimée pour un prix de   5,3 milliards de roubles = 58,3 millions d’Euros. Cela semble peu pour 4 000 hectares de vignes et un cave inestimable d’un million de bouteilles dont les prix de vente sont d’un minimum de 100 Euros pour les jeunes millésimes et de 300 Euros pour les anciens millésimes[2]

La mise aux enchères de Massandra n’est pas la première privatisation d’un domaine viticole de la Fédération de Crimée sous contrôle russe. D’après la société d’investissement (Inventure )[3], Southern Project LLC a acheté 100 % des actions de la cave de Crimée,  Novy Svet,  pour 25 millions de dollars. La nouvelle société actionnaire est associée à Yuri Kovalchuk, un ami proche du président russe Vladimir Poutine. Le prix de départ avait été fixé à 24 millions de dollars. Les ventes aux enchères ont eu lieu   fin 2017 au Ministère de la propriété et des relations foncières de la Crimée. Voom-Vokh Invest LLC et Southern Project LLC ont participé à l’offre, ce dernier ayant remporté l’enchère.

L’histoire de l’usine de vins de champagne Novy Svet (Nouveau Monde) remonte à 1878. Le fondateur de l’usine était le prince Lev Golitsyne, le fondateur de la vinification de Crimée et de Russie.

Cette vente peut être considérée comme la plus importante de toutes les ventes de biens de l’État ukrainien dans la Crimée sous contrôle de la Fédération de Russie. Le prix semble bien bas compte tenu des immenses vignobles du domaine, de l’usine de production et de la réputation du producteur qui produit l’essentiel des vins mousseux de Crimée.

Le sort de l’illustre cave ce Massandra semble donc désormais scellé.

Jerez 1775. Source: non identifiée

[1] (https://versia-ru

[2] winesearcher.com

[3] https://inventure.com.ua/en/news/ukraine/sparkling-winery-novy-svet-is-sold-for-usd-25.6mln-in-crimea)

Le Parlement de la région portugaise autonome des Açores (ALRA) a approuvé la création de l’institut de la vigne et du vin de l’archipel (Instituto do Vinho e da Vinha), similaire à ceux représentant d’autres régions viticoles portugaises clés telles que le Douro et Madère.
Le siège se trouvera sur l’île de Pico et la création fait suite à la remarquable croissance qualitative de l’industrie viticole de l’archipel des Açores au cours de la dernière décennie. Le vigneron emblématique António Maçanita a récemment inauguré une cave à la pointe de la technologie avec restaurant et hébergement dans le cadre de son projet Azores Wine Company à Pico. «Même les coopératives sont actives pour faire de cette région une meilleure région viticole. En 2013 les raisins coûtaient environ 0,70€ le kilo mais maintenant on peut les négocier entre 2€ et 5€. Le nouvelle IVVA contribuera également à élever les normes de qualité dans l’ensemble de l’industrie viticole açorienne et à promouvoir son image sur les marchés nationaux et internationaux. Les trois Appellations d’Origine Biscoitos, Graciosa et Pico, ainsi que l’Indication Géographique Açores seront sous le contrôle du nouvel IVVA  qui  pourra contrôler tout le vin qui entre aux Açores. Outre l’audit de la qualité des vins, l’Institut devrait offrir un soutien supplémentaire aux viticulteurs des Açores, notamment en coordonnant et en contrôlant l’organisation institutionnelle du secteur vitivinicole régional, ainsi qu’en promouvant et commercialisant les vins des Açores. Il existe cependant des inquiétudes sur la nature politique de l’Institut car, contrairement à un consortium, qui se compose de représentants de l’industrie, avec l’l’IVVA seule une minorité du conseil d’administration sera composée de représentants de l’industrie. Concrètement, un membre représentera les producteurs indépendants des Açores et un autre les coopératives. Ces deux membres  vont être les seuls à vraiment connaître le vin. Le fait que ce soit une institution politique fait réfléchir », a-t-il déclaré. L’IVVA devrait devenir officielle plus tard dans l’année, après quoi son président et les membres de son conseil d’administration seront nommés.

Jamais, sans doute, un cépage n’a eu autant de contempteurs et  d’aficionados que le pinotage. Encore aujourd’hui, et bientôt  une centaine d’années après sa création par l’éminent professeur Perold, un universitaire de Stellenbosch,  le débat sur la pertinence du cépage en Afrique du Sud fait encore rage.  Quand Perold croisa des plants de pinot noir avec des plants de cinsault (Hermitage en Afrique du Sud) en 1925  et en planta quelques pieds dans   le jardin de sa propre résidence de fonction à Welgevallen, il ne se doutait pas du chemin de croix qu’allait parcourir son cépage pour arriver une centaine d’années plus tard à un début  de reconnaissance. Il semblerait que le professeur, un peu distrait comme tous les professeurs, oublia ses plants quand, deux ans plus tard, il  accepta un poste à la coopérative KWV qui regroupait la majeure partie des domaines viticoles sud-africains. Le logement resta inoccupé et le jardin en friche.  La petite histoire raconte que les   plants furent  sauvés in extremis par le Dr Charlie Niehaus qui passant à bicyclette devant de jardin de Welgevallen s’interposa pour éviter  l’arrachage. Ils furent alors transférés dans la pépinière  du  prof C J. Theron, un collège du professeur Perold où, pendant 7 ans, jusqu’en 1935, ils n’attirèrent aucune attention des académiques jusqu’à  ce que Theron les présente au bon vieux  Professeur Perold,  coutumier régulier d’un retour aux sources sur ses terres universitaires qui s’enthousiasma et intima que l’on en plante  avec la meilleure sélection. Jolie petite histoire aurait pu chanter  Jean Louis Aubert en hommage  au pinotage. Mais pour paraphraser les Rita Mitsouko, les histoires d’amour finissent mal en général car  ce pauvre cépage allait connaître une déconfiture retentissante  quand en 1976, une délégation du prestigieux ‘Institute of Master Of Wine’ le déclara tout simplement indigne de l’Afrique du Sud. ‘Banane, vernis à ongle, tôle rouillée, acétone, ‘alcooleux’, dégueulasse’, vitupérèrent    les MWs d’un seul concert. Certes, le vin n’avait pas bon goût mais la décision de l’Institut des Masters of Wine d’envoyer une délégation en plein apartheid en Afrique du sud qui avait depuis longtemps avait été mise au ban de la communauté internationale n’était pas non plus du meilleur goût

Le Professeur Perold

Décryptage : On ne peut pas comprendre cette situation sans quelques rappels de l’histoire viticole et de l’histoire tout court de l’Afrique du Sud. En 1918, la coopérative KWV voit le jour et elle regroupera à son apogée plus de 95% des domaines sud-africains.  À cette époque, le productivisme est la norme dans presque tous les pays viticoles mais la KWV permettait  des rendements qui pouvaient  aller jusqu’à 350 hectolitres par hectare. Une paille ! De 1948 à 1991, l’Afrique du Sud tomba sous le joug de l’apartheid et à partir de 1960, elle fut exclue d’à peu près toutes les organisations internationales et elle vécut  en quasi-autarcie sans accès au savoir-faire, en particulier européen, dans le domaine de la viticulture et de la vinification. En fait, la qualité des vins sud-africains  était  très mauvaise mais il est vrai que celle du Pinotage l’était encore plus compte tenu du manque d’expérience des producteurs avec ce cépage. 

On connaît aujourd’hui les composés chimiques responsables de ces déviations que les MWs identifièrent : les acétates,  en particulier l’acétate d’isoamyle pour le goût de banane et l’acétate d’éthyle pour le vernis à ongle. Ces esters sont les sous-produits non voulus de la fermentation et se forment  par la contamination des moûts  par les bactéries acétiques. En fait, ces composés n’ont rien à voir avec le cépage sauf, peut-être, que celui-ci a sans  doute tendance à en synthétiser en plus grande quantité quand les moûts sont contaminés  par les bactéries acétiques.

Le sort du pinotage semblait donc scellé et tous ceux qui s’étaient employés à en  planter  s’empressèrent de l’arracher, à part, comme toujours, quelques visionnaires. Pourtant, les premiers résultats  avec le cépage étaient plutôt encourageants. Il était précoce avec des belles concentrations en sucre et la vigne semblait à son aise sur le terroir de Stellenbosch et les premières accolades  arrivèrent rapidement en 1959 et 1961 quand   les   Pinotages de Bellevue et de Kanonokop gagnèrent le trophée du meilleur vin sud-africain au prestigieux concours  du ‘Cape Wine Show’. C’était l’arbre qui cachait la forêt car la majorité des Pinotages comme l’ensemble  des vins sud-africains était  de piètre qualité. On doit à un domaine, Kanonkop et à un viticulteur, Beyers Truter, d’avoir sauvé ce cépage des poubelles de l’histoire où l ‘avaient condamné les Masters of Wine.   En 1991, Beyers Truter de Kanonkop  fut élu ‘Viticulteur de l’Année par ‘International Wine and Spirit Association’, le premier Sud africain à réussir cet exploit mais cette nomination avait sans doute plus à voir avec le cabernet sauvignon et l’assemblage Bordelais, Paul Sauer de Kanonkop qui font partie des tout meilleurs vins d’Afrique du Sud.

Beyers Truter: http://www.kanonkop.co.za/

Une délégation de Masters of Wine revint en Afrique du Sud et sonna un tout autre son de cloche : ‘grand potentiel, un cépage à prendre au sérieux’ s’extasièrent les MWs admiratifs. James Sutcliffe aussi s’enthousiasma  pour le cépage en s’exclamant dans la revue ‘The Wine Spectator’ : ‘que se passe-t-il ici, ces vins sont spectaculaires, vraiment spectaculaires. En 10 ans, le cépage passa de 2% de l’encépagement total à 7%, niveau auquel il stagne depuis 2000.

Au  moment  où le pinotage renaissait comme un phénix de ses cendres, une grande partie des  viticulteurs  décidèrent  de l’assembler avec des cépages bordelais pour faire des ‘Cape Blends’ (minimum 30% de pinotage dans le Blend). On pourrait comprendre que le pinotage devienne une composante dans les assemblages mais  dans les années 1990 cela s’apparentait plus à une démarche commerciale des producteurs qui leur permettait  d’évacuer sans trop de dommages des Pinotages de qualité médiocres qu’ils auraient eu du mal à vendre en monocépage tout en donnant aux consommateurs l’impression qu’ils avaient dans leur verre un peu de l’authenticité vitivinicole sud-africaine. Aujourd’hui les ‘Cape Blends’ forment toujours la majorité du Pinotage vendu mais  les producteurs historiques de Pinotage ne s’y trompent pas et vendent leurs vins de monocépages bien plus chers que leur ‘Cape Blends’. La grande majorité des Pinotages produits en Afrique du Sud finissent en assemblage avec des cépages bordelais et l’on ne compte que deux acteurs majeurs, Kanonkop à Stellenbosch, le domaine historique et Rijks Celars in Tulbagh qui depuis dix ans se partagent la première place au concours des Pinotages organisé par ‘L’Association des Pinotage’ et sponsorisé par une grande banque sud-africaine. Le terme association est révélateur en lui-même  du piètre statut accordé au cépage en Afrique du Sud et il s’apparente plus à une association de défense qu’à un groupe de promotion même  si l’Association est très active et elle défend le cépage avec passion. Mais quand des acteurs historiques du pinotage comme Warwick se désengagent de ce cépage et préfèrent vendre des raisins de vieilles vignes  au domaine de Kanonkop, cela en dit long sur leur place que leur accordent la plupart des domaines.

Pourtant  tous les pays du Nouveau Monde rêvent  d’avoir un vin fait à partir d’un cépage autochtone authentiquement national mais l’Afrique du Sud semble être le seul à ignorer l’importance que revêt la nécessité de se distinguer des autres pays par un cépage, un style de vin unique surtout quand on travaille essentiellement les cépages internationaux. L’Argentine  a le malbec, la Nouvelle-Zélande le sauvignon blanc, l’Australie le shiraz et le Chili plante de la carménère à tour de bras depuis  qu’en 1991 (la même date où on consacrait Beyers Truter), l’on a découvert ce cépage  que l’on avait considéré à tort  comme du merlot, produit des vins de qualité remarquable. Pourtant, ce n’est pas un cépage facile car juger de la maturité optimum de la   carménère est difficile ; pas assez mûr, le vin est vert et trop mûr, C’est de la confiture. Et entre les deux il existe une fenêtre très étroite pour récolter les raisins à maturité optimale.

Alors qu’a donc ce pauvre cépage pour ne mériter que si peu de considération  quand ce n’est pas tout simplement  l’opprobre des vignerons Sud-Africains?  Peter Allan Finlayson du domaine de Crystallum à Hemel en Aarde qui produit des vins d’une grande finesse le résume parfaitement : ‘Le cépage produit un  vin qui  est plus important que la somme de ses composantes, le pinot noir et le cinsault et les  vins  peuvent très vite devenir indigestes, lourds voire ‘confiturés’. 

Pourtant, les deux grands acteurs du pinotage se trouvent sur deux terroirs différents et cela  en dit long sur  la versatilité du cépage. A Stellenbosch il est planté sur des sols de granites détritiques et alluvionnaires. A Tulbagh, plus chaud il réussit très bien sur de l’ardoise et des sols d’origine alluvionnaire.  

Une étude de 2005 sur les Pinotages arrivés aux 10 premières positions du concours Absa de l’Association du Pinotage révéla que tous provenaient de vignes âgées entre 30 et 40 ans, taillées en gobelet sans irrigation sur des sols de coteaux avec une  bonne rétention d’eau et plantées sur des versants sud-est ou sur des versants à orientation nord avec un bon ensoleillement.

D’une manière générale, le cépage est particulièrement tannique et les extractions doivent être  maitrisées et sans excès. Il a besoin d’élevages longs avant sa mise sur le marché. Le bois neuf a tendance à le rendre un peu crémeux sauf sur des vins de vieilles vignes aux petits rendements. On n’a peut-être pas encore vu le meilleur du pinotage. Pour l’heure, aucun viticulteur n’expérimente avec de la vendange entière pour ‘lifter’ le vin. Aucune expérience d’assemblage avec un cépage blanc, comme cela  se fait en Côte Rôtie et qui pourrait l’alléger dans sa structure.

L’Afrique du Sud aurait bien besoin qu’un de ses nouveaux  ténors de la viticulture s’en empare pour mettre ce cépage en exergue et lui donner la reconnaissance qu’il mérite au niveau international. Aux dernières nouvelles, il paraîtrait qu’Eben Sadie aurait l’intention de s’y atteler. Nous terminerons sur cette note encourageante.

Kanonkop Black Label Pinotage