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ALGÉRIE

DESCRIPTION DU PAYS

Source: wikipedia.org
Alger. Source: Commons Wikimedia

L’ALGÉRIE VUE D’AILLEURS

L’ALGÉRIE est un pays qui a une longue histoire avec la France, longtemps tragique et depuis 1962 compliquée.

 Il est immense, 2,3 M de km² comme le Kazakhztan ou le Congo et compte 44,8 millions d’habitants (2021 est.) comme l’Ouganda ou l’Ukraine.

Il a partagé le plus souvent les péripéties de l’histoire avec ses deux proches voisins du Maghreb. La Kabylie est une région historique située dans le Nord de l’Algérie, à l’est d’Alger. Terre de montagnes densément peuplées. Les Kabyles, les habitants autochtones de la région avant l’arrivée des Arabes, sont de nos jours 5,5 à 6 millions en Algérie, soit environ 15 % de la population. Leur langue, l’amazight en berbère, survit.

                Plusieurs peuples parfois venus de très loin ont tellement aimé l’Algérie, qu’ils s’y sont installés. Marchands aventuriers phéniciens, armées disciplinées de l’immense empire romain, Vandales qui mènent des raids (V°). Le plus grand des remplacements commence aux VII°-VIII°, les Arabes, nouveaux dans la région, viennent d’Arabie avec leur langue et leur nouvelle religion l’islam. Ils s’installent pour longtemps, d’ailleurs les habitants, à l’exception des populations berbères (Kabyles) plus récalcitrantes adoptèrent les nouveaux usages, et se croyaient tranquilles, mais les dynasties rivales descendantes des conquérants qui se succédaient s’écharpaient. Et au XVI° débarquent de nouveaux conquérants, les Turcs, fort peu pacifiques, corsaires audacieux, sous l’autorité lointaine et de plus en plus théorique de Constantinople (jusqu’au XVIII°). Ils sèment l’effroi en Méditerranée, s’emparant de butins, capturant des esclaves (on en comptait alors plus de trente mille dans la Régence). Le plus célèbre : Miguel de Cervantès, le fondateur (auteur de Don Quichotte) du roman dans le monde hispanique, qui avait perdu la main gauche à la bataille de Lépante et dont le bateau quand il quittait Naples en 1575 pour retourner en Espagne fut capturé par le fameux Arnaute Mami, le corsaire le plus redoutable de son temps. Cervantes fut esclave à Alger jusqu’en 1580. Puis libéré contre rançon réunie par des religieux.

Source: à confirmer

XIX° siècle : nouvelle invasion, cette fois menée par   l’Etat français qui comme les autres Etats industrialisés d’Europe envoie ses troupes sur tous les continents, conquérir et civiliser (sic). Pour l’Algérie une histoire de chasse-mouche vraie ou légendaire sert de prétexte, pittoresque, au débarquement des troupes en 1830. Elles vont « pacifier » le territoire, malgré la résistance vigoureuse et les révoltes – des Kabyles entre autres –. Abdelkader se rendra en 1847, fut emprisonné en France métropolitaine, libéré par   Napoléon III en 1852. Sur place, les Français arrêtent, déportent, principalement en Nouvelle-Calédonie les plus rebelles après la grande révolte de 1871, confisquent beaucoup de terres aux tribus,  accordées aux colons.

Abdelkader. Source: Par Ange Tissier — Algeria. Voir aussi les collections du château de Versailles, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/

L’Algérie, où sont créés 3 départements devient donc une colonie de peuplement où 10 % des habitants sont les « pieds- noirs », riches propriétaires fonciers et industriels et petit peuple des commerçants et des fonctionnaires.  L’Algérie devient pour eux leur pays. Les régiments de tirailleurs algériens participèrent à toutes les campagnes du Second Empire et de la IIIe République dans le monde, puis en France pendant la Première Guerre Mondiale notamment lors de la bataille de Verdun en 1916, de Monte Cassino pendant la Seconde, et puis en Indochine entre autres à la bataille de Điện Biên Phủ en 1954.

        Au XX° siècle, comme dans toutes les colonies de la planète les nationalistes s’organisent, divisés souvent en plusieurs courants : les traditionnalistes, les constitutionnalistes et des révolutionnaires qui veulent aussi en plus du départ des colons, transformer la société. Dans les années 1920, les travailleurs immigrés algériens en France organisèrent le premier parti pour l’indépendance autour de Messali Hadj, très rapidement suivi en France et en Algérie dans les années 1930. En 1945, à Sétif et Guelma  la répression frappa durement les habitants qui défilaient pour fêter la Libération et demandaient l’indépendance, les massacres rétablirent le calme. Mais en 1954 la jeune génération nationaliste organise les attentats de la « Toussaint rouge ». La « guerre sans nom » commence, qui va durer 8 ans. L’Etat français pour conserver la colonie fait appel au contingent (plus de 2 millions de jeunes hommes iront voir les Aurès et certains les corvées de bois = la torture) -. Les troubles se prolongent en métropole ( Charonne, Octobre 1961), le pays paraît à deux doigts de la guerre civile, menacé de coup d’Etat  par quelques généraux.  Les Français sont divisés, il y a un courant pro-« Algérie Française », appuyé par  l’OAS. Les hommes au pouvoir, les institutions de   la IV° République sont incapables de trouver une solution.  La crise de régime rode. En 1958 De Gaulle, avait disparu de la scène du pouvoir,  c’était « sa traversée du désert » depuis le succès électoral  sans lendemain  du RPF aux municipales en 1947, il  revient en sauveur,  légitimé par son rôle dans la Résistance, fait écrire une nouvelle constitution, fonde la V°.  

Messali Hadj. Source: wikipedia.org

                  La guerre continue 4 ans de plus et l’Algérie devient indépendante en 1962 par les accords d’Evian. Le nombre des victimes de la guerre d’Algérie reste encore incertain. Les pertes militaires françaises : près de 25 000 morts, dont 15 500 au combat ou par attentat, 65 000 blessés et 485 disparus ; les civils français d’Algérie victimes du terrorisme : 2 788 tués, 7 541 blessés et 875 disparus. Le nombre des « Européens » enlevés après le 19 mars 1962 est controversé, allant – selon le gouvernement français – de 3 018 civils disparus -mars à décembre 1962 dont  745 ont été retrouvés-  jusqu’à 9 000. Les harkis tués soit pendant la guerre, soit au cours de l’épuration qui suivit entre 30 000 et  150 000. ( ?)  Au demeurant, le chiffre le plus débattu reste celui des Algériens tués pendant la guerre : 300 000 à 400 000.

                  Mais en Algérie, une autre tragédie très meurtrière   va diviser le pays : le Front islamique du salut (F.I.S.) au premier tour des premières élections législatives pluralistes organisées à la suite des émeutes d’octobre 1988, devance largement le Front de Libération Nationale (ex-parti unique depuis l’indépendance). Le FIS prône l’instauration d’un État islamique. L’armée, qui contrôle le pouvoir, intervient alors, en janvier 1992, force le président Chadli à démissionner et suspend le processus électoral. La dissolution du F.I.S. et l’arrestation de ses dirigeants rejettent les islamistes dans la clandestinité. L’assassinat du président Boudiaf, en juin 1992, marque le début de violences qui tourneront bientôt à la terreur aveugle entre 1992 et 2000-2002. Le bilan de la guerre civile algérienne est effroyable : près de 200 000 ( ?) morts en majorité des civils, 2 millions de déplacés dans le pays et au moins 500 000 exilés. Le traumatisme collectif qu’elle a engendré est considérable.   Depuis les Algériens rêvent, manifestent…Le pouvoir contrôle.

                               Il y a des Algériens hors de leur pays. La diaspora (nés en Algérie et vivant à l’extérieur du pays) dans le monde compte entre 5 et 6 millions d’individus.  En France, les Kabyles représentent aujourd’hui environ 40 % des Algériens et descendants d’Algériens en France et il y a aussi de grosses communautés kabyles au Canada et en Belgique. En 2021, 13 % des immigrés vivant en France sont nés en Algérie. En 1946, les Algériens ne représentaient alors que 3% de l’ensemble des populations immigrées en France. Les premiers départs significatifs vers la métropole commencent en 1916 : les hommes sont largement mobilisés sur le front donc 80 000 travailleurs algériens (sur 190 000 travailleurs coloniaux au total) rejoignent alors les usines et les champs en France, Et ils sont quasi-intégralement rapatriés au terme du conflit. Ils sont peu nombreux dans la vague d’immigration que la France connaît dans l’entre-deux-guerres. Les rares Algériens bénéficient néanmoins d’un statut avantageux lors de la crise économique des années 1930 : n’étant pas considérés comme « étrangers », ils ne sont pas concernés par les quotas restrictifs ni par les mesures d’expulsion.

                 Le pays est un acteur clef du marché mondial des hydrocarbures : l’Algérie est en 2021 le 17e producteur de pétrole, le 10e producteur de gaz naturel et le 7e exportateur de gaz naturel au monde. Les réserves de pétrole de l’Algérie se classent au 15e rang mondial et celle de gaz naturel au 13e rang mondial. Le secteur économique de l’énergie en Algérie occupe une place prédominante dans l’économie, les hydrocarbures à eux seuls représentent 60 % des recettes du budget et 98 % des recettes d’exportation. La production et la consommation d’énergie, y compris dans le secteur de l’électricité, sont tirées des hydrocarbures à plus de 99 %. Cependant, l’État algérien commence à envisager des solutions alternatives. Produits, transportés, transformés et vendus par la Sonatrach le groupe pétrolier algérien.Pour le moment, l’Algérie couvre 11 % des besoins de l’Europe. Une part qui devrait très vite augmenter ( guerre en Ukraine), en témoigne l’accord récemment conclu avec l’Italie.  Au moment où les Européens veulent se défaire de la dépendance au gaz russe, l’Algérie se positionne comme une solution de remplacement crédible.

Depuis de longues années, l’Algérie a investi dans le nucléaire. Elle dispose de deux réacteurs celui de Draria sur les hauteurs d’Alger d’une capacité de 3 mégawatts (MW) construit par les Argentins en 1984, et celui d’Aïn Oussara à 250 km au sud d’Alger construit par les Chinois, d’une capacité de 15 MW. Ils sont régulièrement inspectés par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dont l’Algérie est membre.

                   Le désert du Sahara couvre près de 90 % du territoire algérien, il est traversé d’ergs (de dunes de sable), de regs (terrains caillouteux) ainsi que de massifs volcaniques dans le grand sud. Le Sahara fut le   théâtre des essais  nucléaires de l’armée française entre 1960 et 1966 sur les sites d’In Ekker et de Reggane. Le premier, « Gerboise bleue », en février 1960, est raconté dans l’étude de l’ICAN et de l’Observatoire des armements. Si le statut de colonisateur de la France explique la possibilité de ces expériences dans le sud du pays, leur poursuite après l’indépendance laisse perplexe. 11 sur 17 essais nucléaires se feront après 1962. Une partie des accords d’Evian reste encore secrète.

                   Des écrivains racontent leur pays dans des romans, Kateb Yacine  dans  Nedjma (1956), Mouloud Feraoun dans « Le fils du pauvre », Mouloud Mammeri  dans  L’Opium et le Bâton (1965), Rachid Boudjedra  Les Figuiers de Barbarie (2010),  Kamel Daoud  dans ses nouvelles Le Minotaure 504 (2011), Boualem Sansal, dans Harraga (2005)…

                  En France Azouz Begag fut ministre, Fadela Amara une militante féministe connue, haute fonctionnaire et femme politique française, Samia Ghali élue entre autres….Et puis :Zinédine Zidane, Karim Benzema, Isabelle Adjani, Daniel Prévost (acteur), Tahar Rahim, Maïwenn Le Besco, Sami Ameziane, dit le comte de Bouderbala

                   Et pour la musique…( datée ?)  Le Raï est un genre musical algérien, né dans sa forme traditionnelle au début du XX e siècle dans la région de l’Oranie (Oran, Sidi-bel-Abbès et Aïn Témouchent). Cette musique s’est ensuite modernisée dans les années 1970, puis internationalisée depuis les années 1990.    Lili Bonniche, chanteur algérien de musique arabo-andalouse chantait dans le  style musical des chanteurs judéo-arabes dans les années 1950, s’inspirant  de la chanson traditionnelle « chaabi » algéroise et des standards français de l’époque. Il a chanté Bambino, ritournelle napolitaine que Dalida chantait aussi.

 

PRÉSENTATION DU PAYS VITICOLE

Difficile aujourd’hui de croire que l’Algérie a possédé dans les années 1930, sous l’occupation française, près de 400 000 hectares de vignes et que le pays produisait près de 18 millions d’hectolitres de vin.  En 1961, le pays exportait 15 millions d’hectolitres et était ainsi le plus grand exportateur de vin au monde. L’indépendance de l’Algérie en 1962 a précipité un rapide déclin de l’industrie viticole algérienne.

Aujourd’hui, le vignoble couvre environ 70 000 hectares, mais seuls environ 600 000 hectolitres de vin environ sont produits. En effet, la majorité des vignobles est utilisée pour la production de raisins de table et de raisins secs. En 2016, on estime que 8 300 hectares de vignes ont été réservés aux raisins de cuve. L’industrie viticole est nationalisée et une seule société, « Grands Crus de l’Ouest, GCO » est privée.  Créée en 2001, elle opère en dehors du monopole d’État.

L’ Algérie, pays de religion islamiste, n’est pas favorable à la production de vin et d’alcool. Les exportations de vin sont faibles, elles représentent environ 3% de la production, elles sont principalement le fait de la CGO, dirigées vers la Belgique, le Canada, l’Espagne, la Suède, la Côte d’Ivoire et le Togo.

Selon le rapport de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin, la consommation d’alcool annuelle par Algérien est de 10,9 litres, classant le pays au 11e rang des pays consommateurs dans le monde. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, l’Algérie consomme beaucoup moins, soit 1 litre d’alcool par an en moyenne. Le gouvernement, lui, fait état de 5 litres consommés en moyenne par an.  

HISTOIRE

Ce que l’on peut dire en préambule de l’histoire du vin en Algérie, c’est qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau aux autres grands pays viticoles du Maghreb, le Maroc et la Tunisie. Comme ces deux derniers, l’Algérie possède des espèces sauvage originelles Vitis vinifera L. ssp. sylvestris (Gmelin) Hegi, dont les cépages  de Vitis. vinifera L. ssp. sativa ont été domestiqués. Avant l’introduction de la viticulture, les raisins sauvages étaient régulièrement consommées comme un fruit par les populations berbères des montagnes de l’Atlas.

On doit l’introduction de la viticulture au Maghreb aux Phéniciens (1200-300 A.V.J.C.) qui développèrent des échanges commerciaux à travers la Méditerranée, grâce au précieux bois de cèdre du Liban ils pouvaient construire des navires robustes. Ils ont ainsi étendu leur influence du Levant à l’Afrique du Nord ( Maghreb : désigne les pays du soleil couchant), aux îles grecques, à la Sicile et à la péninsule ibérique.  C’est aux alentours du IXe siècle av. J.-C., que les hardis commerçants phéniciens atteignirent le littoral atlantique. Carthage dans la Tunisie actuelle avait été créée au début du IXe siècle A.V.J.C (-814).  Ils fondèrent de nombreux comptoirs tous les trente à quarante kilomètres le long des côtes atlantiques. C’est ainsi que les comptoirs phéniciens d’Annaba, Skikda, Collo, Jijel, Béjaïa, Delys, Alger, Tipaza, Cherchell, Ténès, Bethioua et Ghazaouet furent établis. Ces comptoirs jouaient un rôle crucial aussi bien dans le commerce en Méditerranée que dans l’évolution des cultures locales par le biais des échanges des idées et des communications. Ces comptoirs serviront quelques siècles plus tard aux Numides qui vont les occuper, puis aux Romains qui les colonisent et les utilisent pour conquérir le territoire de l’Algérie actuelle. Les Phéniciens Carthaginois réussitent si bien dans leur commerce qu’ils établirent des comptoirs même à l’intérieur des terres au Nord de l’Algérie, au sein de localités existantes telles que les comptoirs de Sarim Batim, que les Numides appellent Cirta (actuelle Constantine) ou Tiddis à 17 kilomètres de Cirta.

Source: inconnue via maxime Blondeau: Source: https://www.linkedin.com/in/maxime-blondeau

Navire de commerce phénicien retrouvé à Sidon. Musée de Beyrouth. Source: Par Elie https://commons.wikimedia.org/

Leur sens du contact et du commerce (encore perceptible aujourd’hui) leur ont permis de diffuser non seulement leur alphabet( le premier ?) mais aussi leur connaissance de la viticulture et de la vinification, y compris la propagation de plusieurs variétés ancestrales de l’espèce Vitis vinifera de raisins de cuve. Les traités agricoles de l’écrivain carthaginois Mago sont parmi les premiers textes les plus importants de l’histoire du vin pour enregistrer les connaissances anciennes sur la vinification et la viticulture. Bien qu’aucune copie originale des œuvres de Mago (Magon) ou d’autres écrivains viticoles phéniciens n’ait survécu, il existe des preuves à partir de citations d’écrivains grecs et romains tels que Columella : les Phéniciens étaient des vignerons et des viticulteurs patentés. Le Carthaginois est considéré comme le plus ancien écrivain sur le vin au monde. On sait peu de choses de ses dates et de sa vie, il a probablement vécu au IIe siècle AV.JC. Une partie de ses écrits est rassemblée dans l’ouvrage « De re rustica » (1), (des affaires rurales) en 28 volumes écrits en punique, sur l’agriculture, y compris la viticulture. Les Phéniciens étaient capables de sélectionner l’emplacement des vignobles en fonction du climat et de la topographie favorables, par exemple de choisir le bon côté de la pente pour implanter les vignes. Ils produisaient une grande variété de styles de vin différents allant des vins de paille élaborés à partir de raisins secs, un exemple précoce de la retsina grecque, à base de résine de pin comme ingrédient. Les Phéniciens répandirent également l’utilisation d’amphores (souvent appelées « jarres cananéennes ») pour le transport et le stockage du vin.

Cependant, cette viticulture florissante à l’époque de Carthage commença à décliner sous l’Empire Romain car la péninsule iItalienne était devenue terre d’arboriculture et de viticulture. Il n’offrait de débouchés aux Carthaginois que pour le blé; les vins étrangers y rencontraient la concurrence de l’abondante production Italienne. D’ailleurs la République poussait les provinces à abandonner la culture de la vigne ; il fut même interdit aux populations du sud de la Gaule, de planter des vignobles : « afin -dit Cicéron- d’augmenter la valeur des nôtres». Si cette mesure ne fut pas appliquée à l’Afrique et à la Numidie par Rome par ordonnances, elle le fut par le jeu des tarifs fiscaux », ce qui  amena les Africains à cultiver du blé.

 Cependant dans un article appelé »La présence des vins nord-africains à Rome et à Ostie au Moyen âge impérial », Edoardo Radaelli suggère que du vin nord-africain aurait peut-être été importé dans ces deux villes romaines, mais sans doute pas pour l’élite romaine.

Source: non identifiée

Rome cède la place à l’Empire Byzantin en 333 A.P. J.C., et même si l’occupation byzantine est perpétuellement menacée par les Wisigoths d’Espagne et par les Maures, elle va cependant subsister jusqu’à la conquête arabo-musulmane du Maghreb au début du VIIIe siècle.

Parlant du vin en terre d’Islam, Fernand Braudel le qualifie de « clandestin infatigable ». Clandestin, mais visible. Si l’on se réfère essentiellement à l’époque islamique, depuis al Bakri ( historien andalou arabe, 1040-1094) jusqu’aux textes de l’ère précoloniale, il est établi que les gens faisaient usage du vin. Georg Host, consul en terre magrébine de 1760 à 176 en atteste : « II est bien connu que, d’après leurs lois, les Maures ne doivent pas boire de vin ni rien qui puisse enivrer, mais ils le font quand même secrètement, certains chez des esclaves chrétiens qui en font commerce, d’autres chez les juifs ; d’autres encore dans leur jardin hors de la ville, pressent le raisin et en laissent fermenter le jus dans de grandes jarres de terre cuite ». La consommation de vins n’était pas uniquement l’apanage des classe sociales aisées.

À la base, en matière de production, les rapports entre paysans musulmans, propriétaires de vignes, d’une part, et juifs et chrétiens, de l’autre, sont bien établis, les premiers fournissant aux seconds les raisins nécessaires pour la production du vin.

Cependant, l’attitude des fuqaha (spécialistes de la jurisprudence islamique) est strictement prohibitionniste. Le vin est considéré comme illicite, diabolique.

AL Bakri. Source: wikipedia.org

Quand la France annexa l’Algérie en 1830, rien ne laissait penser que la colonie deviendrait le premier exportateur de vin au monde et qu’elle représenterait les deux tiers des exportations mondiales, la culture musulmane avait progressivement orienté la viticulture vers la production de raisins de table et de raisins secs. Les colons qui s’y installèrent consommaient du vin, considéré comme la boisson la plus sûre ( par rapport à l’eau) et ell faisait partie de leurs habitudes. Trois facteurs principaux allaient contribuer au développement de la viticulture algérienne vers la fin du XIXe siècle. Premièrement, le développement du phylloxéra dans le vignoble français qui encouragea l’émigration de nombreux colons en faillite, il apportèrent leur expertise et leurs techniques, ce qui stimula en retour la demande de vin algérien. Deuxièmement, les progrès technologiques dans la vinification (la réfrigération et le contrôle des températures pendant la fermentation) permirent d’élaborer des vins marchands dans un pays chaud, ce qui était impossible auparavant). Troisièmement, les échanges commerciaux étaient exempts de tout tarif douanier avec la métropole, puisque l’Algérie était française. Cela stimula la demande en vin algérien car des tarifs douaniers par contre furent imposés aux vins espagnols et italiens.  En début des années 1880, la superficie du vignoble augmente massivement. De 1880 à 1900, le vignoble algérien passe de 20 000 hectares à 150 000 hectares. La production qui était de 2,5 millions de litres en 1854 passe à 20 millions de litres en 1872 et à 40 millions de litres en 1880. À partir des années 1890, la France n’importe plus de vin étranger et ne consomme que des vins français et ou venant d’Algérie. En 1900, la production algérienne atteint 500 millions de litres et en 1915 elle se monte à 1 milliard de litres, ce qui n’est pas sans créer des tensions en France alors que le vignoble reprend vie avec les greffes des vignes sur des souches américaines. L’arrivée du phylloxéra en Algérie réduit les tensions avec la baisse de production des vignobles du pays. Mais la production algérienne repart de plus belle dans les années 1920 et au début des années 1930 car les nouveaux vignobles sont plus productifs. La superficie du vignoble algérien passe de 175 000 hectares en 1925 à 400 000 hectares en 1935 et la production atteint 2 milliards de litres en 1935. L’Algérie contrairement au Maroc et à la Tunisie, n’est pas sujette à des droits de douane et d’importation dans la métropole. Au début de ce boom, les vins algériens sont utilisés comme « vin de coupage » pour pour accroître le degré des vins français . Mais, à partir de la fin des années 1920, ils commencent à entrer en compétition avec les vins produits en France mtropolitaine.  La grande dépression causée par la crise financière de 1929 fit chuter les prix de 50%. La France tenta alors de réduire les importations de vin algérien par des moyens autres que les tarifs douaniers et elle interdit la plantation de nouveaux vignobles.  De 1931 à 1935, de nouvelles lois connues sous le nom de « Statut Viticole » tentèrent de réduire la production en France et en Algérie. Les nouvelles plantations furent interdites des deux côtés de la Méditerranée pour les producteurs qui possèdaient plus de 10 hectares de vignes ou qui produisaient plus de 50 000 litres de vin. Comme la superficie du vignoble français était en moyenne de 1 hectare en France contre 22 hectares en Algérie entre 1930 et 1935, cela pénalisa davantage le vignoble algérien que le vignoble français. La Seconde Guerre Mondiale paralysa fortement le trafic maritime et causa l’abandon de nombreux vignobles en France et en Algérie. La fin de la guerre impulsa une reprise de la production qui passa de 900 millions de litres en 1945 à 1,8 milliard en 1953.

Source: wikipedia.org

L’Algérie, après la guerre de 8 ans contre les Français, terrible comme toutes les guerres, acquit son indépendance en 1962, dès lors la France imposa des tarifs douaniers aux vins algériens. Les colons quittèrent le pays en masse et la consommation baissa.  La perte du savoir-faire et la mauvaise gestion causèrent l’effondrement de l’industrie viticole algérienne. L’indépendance du pays entraîna la fin du statut lié à l’appartenance de la Communauté Économique Européenne et la production algérienne sera désormais soumise aux droits d’importation dans la CEE. Au moment de l’indépendance de l’Algérie, la vigne couvrait encore 350 000 ha, avec une production variant de 14 à 18 millions d’hectolitres. Elle représentait, sur le plan économique, 10% des terres cultivées mais plus de 30% en valeur, et faisait vivre directement 32.140 familles d’exploitants.

Pendant la majeure partie du XXe siècle, l’Algérie était le plus grand exportateur mondial de vin. La plupart des vins algériens étaient expédiés à Sète (anciennement « Cette »), le principal port viticole du Languedoc. Ici, une carte postale ancienne de 1921.American Association of Wine Economists AAWE

 En 1961, l’Algérie exportait 1,5 milliard de litres de vin en France mais rapidement les importations en France chutèrent de deux tiers. Avec le départ des colons, la consommation intérieure déclina de 90%. L’Algérie qui avait perdu une grande partie de son savoir-faire, nationalisa ses vignobles et en 1969 signa un contrat avec l’Union Soviétique pour l’exportation de 500 millions de litres par an; l’URSS devenait le principal importateur de vin algérien.  Mais ces exportations pour le marché soviétique se révélèrent un échec les prix d’achat étant inférieurs aux prix du marché mondial. De 1971 à 1973, le gouvernement algérien décida d’arracher 71 000 hectares de vignes (20% du vignoble).   La production passa de 15 millions d’hectolitres en 1962 à environ 600 000 hectolitres en 2009 (l’équivalent de la production de 1882), dont seulement 3 % étaient sont exportés. Les exportations algériennes passèrent de 14,8 millions d’hectolitres en 1962 à 17 000 hectolitres en 2008.

Au cours des deux dernières décennies, certaines tentatives ont été faites pour stimuler la production et les exportations de vin. Depuis l’introduction du Plan National de Développement Agricole (PNDA) en 2000 et du Plan National de Développement Agricole et Rural décennal (PNDAR) en 2004, le gouvernement a décidé de porter une plus grande attention à l’industrie du vin. Des fonds publics sont alloués pour la modernisation de l’outil de production et des chais, pour la replantation de vignes et pour la plantation de nouveaux cépages (plus « nobles » comme le cabernet sauvignon, le pinot noir et le merlot). Des programmes de formation à Bordeaux ont été proposés pour accroître les connaissances et les compétences en matière de vin.

Cependant, de nombreux problèmes subsistent malgré les efforts de rénovation et de modernisation. Les méthodes de vinification datent de la période de la colonisation française. La rareté des cépages favorise les assemblages, et les chais et caves sont en mauvais état (certaines machines et équipements datent du début du XXe siècle). Un autre obstacle majeur au développement de la filière est l’ONCV (Office national de Commercialisation des produits Vitivinicoles), dont le monopole ne favorise pas l’essor des nouvelles technologies ni la recherche de vins Premium sur le marché mondial. Il semble peu probable que l’Algérie reprenne sa position de grand producteur et exportateur de vin à court ou moyen terme.

Source: American Association of Wine Economists AAWE

CLIMAT

Le nord de l’Algérie se situe dans la zone tempérée et bénéficie d’un climat méditerranéen doux. Il se trouve à peu près aux mêmes latitudes que le sud de la Californie et a des conditions climatiques quelque peu similaires. Sa topographie accidentée, cependant, offre des contrastes locaux prononcés à la fois dans les températures dominantes et dansl’incidence des précipitations. Les variations d’une année à l’autre des conditions climatiques sont également courantes. Cette zone, la plus peuplée d’Algérie, est communément appelée le Tell.

Dans le Tell, les températures moyennes en été se situent entre 21 et 24 °C (70 et 75 °F) et en hiver chutent à 10 à 12 °C (50 à 54 °F). Les hivers ne sont pas froids, mais l’humidité est élevée. Dans l’est de l’Algérie, les températures moyennes sont un peu plus basses et, dans les steppes des hauts plateaux, les températures hivernales ne dépassent que de quelques degrés le point de congélation. Une caractéristique importante du climat de cette région est le sirocco, un vent du sud poussiéreux et étouffant soufflant du désert du Sahara , parfois avec force. Ce vent atteint aussi occasionnellement le Tell côtier.

En Algérie, seul un coin relativement petit du Sahara se trouve au sud du tropique du Cancer dans la zone torride, mais même en hiver, les températures du désert à la mi-journée peuvent être très chaudes. Après le coucher du soleil, cependant, l’air clair et sec permet une perte rapide de chaleur et les nuits sont fraîches à très raîches. D’énormes amplitudes thermiques quotidiennes sont enregistrées.

Les précipitations sont assez abondantes le long de la partie côtière du Tell, allant de 400 à 670 mm (15,7 à 26,4 po) par an, la quantité de précipitations augmentant d’ouest en est. Les précipitations sont les plus élevées dans la partie nord de l’est de l’Algérie, où elles atteignent jusqu’à 1 000 mm (39,4 po) certaines années. Plus à l’intérieur des terres, les précipitations sont moins abondantes. Les vents dominants de l’est et du nord-est en été passent à l’ouest et au nord en hiver et entraînent une augmentation générale des précipitations de septembre à décembre, une diminution à la fin de l’hiver et au printemps et une quasi-absence de précipitations pendant les mois d’été.

Climat actuel

Climat futur

TOPOGRAPHIE ET SOLS

Topographie

L’Algérie possède trois grandes unités structurelles : le Tell, les Hautes Plaines et le Sahara.

Le Tell

Celui-ci comprend une succession de massifs montagneux, côtiers et sublittoraux, et de plaines.

– Le Tell occidental est formé par une alternance de lignes de massifs, de moyenne hauteur, dominés par une dorsale de calcaire jurassique et crétacé et de dépressions représentées par les basses plaines d’Oran et la plaine du Bas Chélif.

– Le Tell central comprend une chaîne de montagnes prolongeant le Tell occidental ; il comprend les monts du Zaccar, l’Atlas de Blidé et les monts du Djurdjura qui culminent à 2 300 m. Les roches du Crétacé sont des schistes, des marnes et des calcaires marneux. La bordure côtière est dominée par une large dépression qui forme la riche plaine alluviale de la Mitidja.

– Le Tell oriental est la partie la plus montagneuse du pays et se compose de chaînes parallèles ; du Nord au Sud ce sont :

Les chaînes du Tell côtier, composées de gneiss et de granite qui prolongent celles du Djurdjura. Ce sont les massifs de Collo, Skikda et l’Edough qui bordent la basse plaine d’Annaba où se trouvent les deux plus grandes étendues d’eau douce : le lac Tonga et le lac Oubeïra.

– Le Tell extérieur, comprenant les monts des Babors et les massifs de la Petite Kabylie sont sur le socle complexe du Jurassique et de l’Éocène.

– Les chaînes du Tell Intérieur sont dominées par les monts Hodna, Belezema et le massif des Aurès (2 328 m) et les monts Nemenchas. Ils appartiennent à l’Atlas.

Les hautes plaines steppiques

Celles-ci se situent entre l’Atlas tellien au nord et l’Atlas saharien au sud, à des altitudes comprises entre 900 et 1 200 m ; elles sont parsemées de dépressions salines, chotts ou sebkhas, qui sont des lacs continentaux formés au Pléistocène lors de pluies torrentielles et de ruissellements importants. Deux domaines sont reconnus :

– La steppe occidentale, qui comprend les hautes plaines du Sud oranais et du Sud algérois ; leur altitude décroît du Djebel Mzi (1 200 m) à l’ouest jusqu’à la dépression saline du Hodna central (11 000 ha) qui est occupée par des dépôts détritiques.

– La steppe orientale, à l’Est du Hodna, est formée par les hautes plaines du Sud constantinois où dominent les dolomies et les calcaires du Crétacé. Ils sont bordés par les massifs des Aurès et des Némemchas.

Il existe plusieurs types de sols. Les sols minéraux grossiers ou les sols peu évolués se trouvent principalement sur les sommets des montagnes où ils sont soumis à une érosion hydraulique intense. Ces sols sont caractéristiques des forêts et des mattoraux et comprennent :

•les lithosols sur roches dures, (grès et calcaires),

• les régosols sur roches tendres (marnes et calcaires marneux),

• sols minéraux non aménagés dans les lits d’oueds caillouteux.

Les sols peu développés comprennent :

• les sols d’origine colluviale sur les piémonts des collines et des glacis,

•les sols d’origine alluviale dans les lits d’oueds, cônes alluviaux et dayas,

• les sols d’origine éolienne avec des formations sableuses fixes.

Les sols calci-magnésiens sont le groupe des sols carbonatés qui comprend :

• les rendzines humiques sur les pentes des collines

• les sols xérifiés (asséchés) calcaires bruns qui sont répandus sur les glacis d’origines diverses des hautes et quaternaire moyen.

• les sols à croûtes de gypse qui sont moins fréquents, elles apparaissent sous forme de petites plaques dans les zones gréseuses où elles alternent avec des marnes et des argiles versicolores.

• les sols carbonatés qui sont les plus fréquents en Algérie, notamment dans les écosystèmes steppiques et présahariens où ils forment de vastes étendues incrustées.

Les sols isohumiques sont présents dans les glacis d’érosion du Quaternaire récent. Ils rassemblent des sols à croûtes calcaires ou gypseuses. On les trouve dans les zones arides avec moins de 200 mm de précipitations annuelles.

Source: Researchgate.net

RÉGIONS VITICOLES

Pendant la colonisation phénicienne, les vignobles ont d’abord été installés dans les plaines côtières avant de gagner l’intérieur des terres. Pendant la domination française, les vignoble étaient classés en vignobles de plaine, de coteaux et vignobles de montagne. En 1970, furent créées les A.O.G. (Appellation d’Origine Garantie) afin de valoriser les produits de terroir sur le marché international. Les AOG représentent 15 à 20% de la production totale de vin. Il existe aujourd’hui 7 AOGs. Pour connaître, le détail des régions viticoles de l’Algérie, cliquez sur le lien suivant :  ALGÉRIE RÉGIONS VITICOLES.

CÉPAGES

. Les principaux cépages sont des cépages rhodaniens et méridionaux, comme le carignan, le cinsault, le mourvèdre, le moristel, la grenache, l’alicante Henry-Bouschet pour les rouges et la clairette, la grenache blanc, l’ugni blanc pour les blancs. Depuis une vingtaine d’années, on plante du cabernet sauvignon, du merlot, de la syrah et même du pinot noir. Pour en savoir plus sur les cépages algériens, cliquez sur le lien suivant: ALGÉRIE CÉPAGES

LÉGISLATION ET RÈGLEMENTATION

La règlementation et la législation vitivinicoles sont régies par une série d’ordonnances et de décrets, dont certains sont très anciens. La législation est largement calquée sur le modèle français et chaque AOG bénéficie d’un cahier des charges précis. 90% de la viticulture du pays est sous le contrôle de l’État. Pour en savoir plus sur la législation et la règlementation des vins d’Algérie, cliquez sur le lien suivant : ALGÉRIE: LÉGISLATION ET RÈGLEMENTATION.