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FRANCE

DESCRIPTION DU PAYS

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By Yann Caradec from Paris, France – La Tour Eiffel vue de la Tour Saint-Jacques, CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=34933538 – France

LA FRANCE VUE DE LINTERIEUR

« FRANCE, PAYS DE (NOS) ENFANCE(S) ET DU « PETIT VIN BLANC QU’ON BOIT SOUS LA TONNELLE »  

           La France, comparée aux  immenses Etats du reste du monde, comme la Russie, le plus vaste, le Brésil, la Chine, les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, entre autres, est un petit pays… mais que par sa superficie. Néanmoins, à l’échelle de l’Europe, il  est le 2ièmeplus étendu et peuplé.

         Pour le poète Joachim du Bellay, la France était la « mère des arts, des armes et des lois » (un sonnet en alexandrins publié en… 1558 qu’il ’écrivit alors qu’il résidait à Rome, loin de son Anjou natal et chéri). Pour Albert Camus, le pauvre petit gamin Pied-noir de descendance espagnole, prix Nobel de littérature, sa « patrie, (était) la langue française ».

« La France ne peut être la France sans la grandeur », disait de Gaulle.

Albert Camus.Wikipedia.org

      Et elle fut en effet une grande puissance, dans un passé encore proche. Ses armées sous la III° République avaient conquis un immense empire colonial en Afrique, Asie, Amérique, par-delà les mers et océans.  Elle possédait au Maghreb l’Algérie qui formait notamment trois départements français, et où 10% des habitants étaient des Pieds-noirs qui se considéraient français avant tout bien que souvent d’origine italienne ou ibérique ; ceci expliquant donc cela : une guerre d’indépendance qui a duré huit ans.  Au XXI° siècle, il ne reste que des « confettis » de feu cet empire, mais, en contrepartie, grâce à eux, une immense ZEE ( Zone économique exclusive, un espace maritime ). Et aussi des relations particulières, y compris militaires, avec ses ex-colonies en Afrique (exemple la récente intervention au Sahel). Et peut-être encore l’usage d’une langue commune.

     Le pays fut au XIX° siècle, comme quelques autres dans le monde, profondément transformé par la Révolution Industrielle : la vie quotidienne change, les activités économiques nouvelles apparaissent, les campagnes se vident, les villes s’étendent. Aujourd’hui son PNB est au 7° rang mondial (environ 12% de celui des EU).  Il en reste des entreprises puissantes, des firmes multinationales à l’échelle mondiale, présentes aux  États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Chine, Brésil, dans des secteurs variés (agro-alimentaire, automobile, banques, aéronautique, luxe, grande distribution…). On lui doit quelques inventions notables au XX° (carte à puce, minitel, mais aussi avant le vélo et l’avion).

        « Le labourage et le pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée et les vraies mines et trésors du Pérou », disait le duc de Sully (1559-1641) au bon Roy Henri IV. Elle demeure toujours une grande puissance agricole, leader en Europe, sixième exportatrice mondiale, bien que la part des agriculteurs dans la population active soit passée de 12 % à 5,5 % en 40 ans, que la surface agricole utile française a fortement diminué en 60 ans.  En à peine un peu plus d’un demi-siècle, son agriculture a connu un bouleversement radical, passant de l’exploitation familiale à l’ère de l’agro-industrie. Le paysan s’est mué en chef d’entreprise, plus préoccupé par le cours des marchés que de la floraison de ses ensemencements.

      Sur le plan diplomatique, la France est membre du club le plus exclusif du monde, héritage de la Seconde Guerre mondiale. Il ne compte que cinq membres permanents seulement ( Etats unis, Russie, Grande Bretagne et Chine) : c’est le Conseil de sécurité de l’ONU.

      Elle possède une force armée conséquente, et est la seule dans l’UE à disposer de l’arme nucléaire. Seul huit autres pays dans le monde sur 197 membres de l’ONU en sont dotés. A vrai dire, depuis la sortie de la GB, la France en est la seule réelle puissance militaire de l’UE. Les 26 autres membres n’ont en réalité que des armées qualifiées de « parade »

               Une petite tranche de soft power ? La France, une « influenceuse » qui s’ignore

     La langue de Molière ayonne aujourd’hui sur les cinq continents avec 321 millions de locuteurs, en 5e position après l’anglais, le chinois, l’hindi et l’espagnol. Et la majorité des francophones en feraient un usage quotidien. En conséquence, elle est langue officielle ou co-officielle dans 29 pays.

     La France est encore le pays étalon de la viticulture, des vins prestigieux et des alcools fins, notoriété planétaire que ces derniers partagent avec ses fromages (entre 300 et 1200).  Les Français ont longtemps été convaincus que leur gastronomie était la meilleure, la plus sophistiquée et variée du monde, et le demeure très certainement. N’est-ce pas elle qui a inventé la Nouvelle cuisine qui désormais  aimante tous les grands chefs du monde, de Copenhague à Lima, de New York à Tokyo. En 2022, il y avait une trentaine de restaurants 3 étoiles en France (deuxième rang derrière le Japon), sur les 129 que compte le Guide Michelin, la bible des gourmets,  

      Paris reste un des pôles  qui dictent de la mode malgré la concurrence.

      Le Tour de France est retransmis en direct dans près de 200 pays dans le monde. C’est le plus grand événement sportif planétaire avec le Mondial de foot et les JO, à cette différence c’est que lui se répète tous les ans au mois de juillet et que les deux autres n’ont lieu que tous les quatre ans. Et, qui plus est, il est gratuit…

     L’exception culturelle, avec l’aide de l’État, favorise l’existence d’un cinéma parfois original (la Nouvelle vague révolutionna l’art de filmer), alors que dans les autres pays européens, il a parfois disparu. La Fête de la musique est une création française et est aujourd’hui célébrée dans bon nombre d’autres pays.

     En outre, la France est la première destination touristique mondiale avec près de 90 millions de visiteurs étrangers en 2019, et sa capitale est la ville plus visitée au monde. Le pays a des atouts variés :  l’histoire a légué un patrimoine considérable :  villes, châteaux, innombrables monuments et nombreux musées. Et puis des paysages variés, dans un cadre climatique tempéré, permettent le tourisme d’été et les sports d’hiver.

       Elle peut aussi être fière des ses écrivains. Elle compte le plus grand nombre de prix Nobel de littérature : 16 sur 119. Et grâce à ses philosophes des Lumières et penseurs, elle a été la mère des Lumières qui ont rayonné tous azimuts.

        Les habitants ont souvent une assez haute idée d’eux-mêmes, de leur pays et de leur histoire (sauf de quelques sinistres épisodes tels qu’au XVIII° la Terreur et, plus près de nous, la Collaboration). Leurs ancêtres se sont distingués dans la conquête des droits des individus, de l’égalité – on dit qu’ils en ont la passion – avec la suppression des privilèges en 1789  (d’où sa devise : Liberté, égalité, fraternité ).

            Les Français sont majoritairement catholiques, depuis le baptême de Clovis à Reims en 498 ou 496. La ville d’Avignon a même hébergé sept papes au XIV° siècle. La « France (est la) fille aînée de l’Église » disait en 1841 le dominicain Lacordaire. Malgré les guerres de religion, elle avait fini par accepter la cohabitation avec les protestants depuis la Réforme, sauf quand Louis XIV a fait fuir les Huguenots en révoquant l’édit de Nantes. Des juifs y ont trouvé une terre d’accueil à défaut de la terre promise, notamment ceux expulsés d’Espagne depuis 1492. L’Eglise depuis un millénaire et demi a encadré la vie des individus, du baptême aux funérailles, rythmé la vie quotidienne, la vie sociale avec les fêtes (jours fériés), les rites, et régi les mœurs, organisé les métiers, l’enseignement, les hospices…

            Il y a le plus souvent (sauf dans 600 communes sur 35 000) une église au milieu du village (en tout, le pays en compte plus de 42 000), possède un patrimoine considérable avec ses cathédrales-musées (Notre-Dame, Mont St Michel), ses monastères…. Mais depuis la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat au début du XX° siècle, l’Etat se définit comme laïque. Et la pratique religieuse s’amenuise.

         L’Etat depuis 1958, avec l’instauration de la V° république, joue un rôle important dans la vie sociale et économique, avec de grandes entreprises nationales et la mise en place, après 1945, d’un Etat-Providence. Et il y eut même de la planification quand le vent soufflait de l’est.  « La France est un pays extrêmement fertile : on y plante des fonctionnaires et il y pousse des impôts », disait Georges Clemenceau, alias Le Tigre, (mort en 1929).

        Le parti communiste y fut longtemps puissant et influent, surtout au sortir de la Seconde Guerre. Il eut des ministres (gouvernements de de Gaulle à la Libération et de Mitterrand). Entre 1945 et 1981, il représentait en moyenne un quart de l’électorat. Cependant, malgré cela, depuis 1947, tous les gouvernements ont été atlantistes, fidèles alliés des Etats unis, mais pas toujours très dociles. Ils ont été, du coup, impliqués dans la Guerre Froide, ce qui explique par exemple les huit ans de la guerre d’Indochine. L’OTAN eut son siège à Paris jusqu’ à ce que De Gaulle l’en chasse. Et lors de la deuxième guerre du Golfe, la France opposa à l’ONU son véto à l’intervention militaire américaine en Irak.

          Elle a le culte des héros, mais à chacun les siens, De Gaulle, Napoléon, Clovis, etc…

          L’Etat, quelles que furent les républiques, est foncièrement jacobin, réfractaire à la reconnaissance de la spécificité culturelle des communautés autochtones, Basques, Corses, Bretons, Alsaciens, Flamands… D’où une permanente sourde tension entre Paris et celles-ci.   

             Le pays est-il morose ?

             On s’y suicide beaucoup, on y consomme beaucoup de drogues licites et illicites.

Des thèmes un peu morbides occupent les débats publics : le déclin, le déclassement, le grand remplacement… qui font douter de la puissance, plus les attentats islamistes qui ont sonné le pays. Mais il n’empêche que « Paris est une fête », comme l’a dit Papa Ernest Hemingway, le plus Français des Américains de la génération perdue qui avait fait du Quartier latin son quartier-général, car un infatigable et franc leveur de coude à l’instar de tout bon Français… Et qui, en plus de descendre ses 40 litres de vin annuels (record mondial), mangeait des abats tels que le tripes, des cuisses  de grenouille, des escargots et la moëlle des os qu’il étale sur des tartines de pain bien croustillant en s’envoyant un gorgeon de rouge derrière la cravate… (enfin s’il en porte encore une).

              Et comme le chantait Charles Trénet dans les années 50, pour beaucoup d’entre nous, la « douce France » est ce  « cher pays de (nos) enfance(s)/ bercée(s) de tendres insouciances ». C’était aussi, et c’est encore le pays du « … petit vin blanc qu’on boit sous la tonnelle/ quand les filles sont belles. », chanson qu’on fredonnait toujours en ces années-là les jours de goguette. Puis, enfin, et ce n’est pas qu’un détail, la « petite française, la Parisienne », coquette, robe de vichy au coquin décolleté, boudeuse et capricieuse, insouciante, légère, mais allumeuse, a été longtemps un mythe mondial qu’a incarné Brigitte Bardot. 

Douce France de Charles Trenet

PRÉSENTATION DU PAYS VITICOLE

Même si la France n’a pas la plus longue histoire viticole au monde, 2 500 ans, comparés aux 8 000 ans d’histoire viticole de la Géorgie et aux 11 000 ans du Croissant Fertile qui tiennent  la corde aujourd’hui en matière d’antériorité viticole, elle rayonne sur le monde du vin avec une aura insurpassable.  Elle   a su se hisser sur la plus haute marche du podium de la qualité avec des régions viticoles, des domaines, des cépages et des vins qui font l’envie du monde entier. Sur les cinquante vins les plus chers du monde, 43 sont français. 

Elle le doit sans doute d’abord ce succès a sa situation géographique.  Traversée par le 45e parallèle, elle possède des conditions de croissance idéales avec un ensoleillement, des précipipations et des sols qui permettent la viticulture sur tout le territoire national sauf dans le nord-ouest du pays (66 départements sur les 96 que compte la France métropolitaine produisent du vin). Les immenses entendues d’eaux qui entourent le pays agissent comme un régulateur thermique, elles le protègent d’importants écarts de température. Elle a aussi été le premier pays viticole à se doter d’ une législation basée sur l’appartenance d’un vin à un lieu géographique (un terroir) dont tous les grands pays viticoles se sont inspirés pour la définition de leurs régions viticoles. Avec 796 000 hectares de vignes en production (2020), 15% de la production agricole française, la France est le deuxième pays producteur au monde derrière l’Italie.  59 000 exploitations produisent 48,9 millions d’hectolitres (6,25 milliards de bouteilles). La France est le premier pays exportateur du monde avec en moyenne 1, 35 milliards de bouteilles exportées chaque année ce qui représente une valeur de 8,5 milliards d’Euros de revenus en 2020, et place la filière viticole juste derrière l’industrie aéronautique en termes de revenus.  La Champagne représentant un tiers des exportations. 46% de la production est en AOP et 8% en IGP. 14% du vignoble sont en agriculture biologique et la France est le troisième pays producteur de vin bio. 57 % des volumes produits sont vinifiés par des caves particulières. Les 43 % restants sont vinifiés par les 1 500 négociants vinificateurs et coopératives. La France importe aussi 710 millions de litres chaque année.

Près de 500 000 emplois directs et indirects sont générés par la viticulture sur le territoire français. La France est le 2ème pays consommateur de vin au monde en volume derrière les États-Unis et devant l’Italie mais le premier pays consommateur par capita. Plus de 3,5 milliards de bouteilles y ont été consommées en 2019. Cette consommation française, en baisse depuis 30 ans, est passée de 100 litres par habitant et par an en 1975 à 40 litres aujourd’hui.

HISTOIRE

VIE SIECLE a.v.J.C.  -VE apr. JC : LES INFLUENCES GRECQUES ET ROMAINES

L’histoire du vin de France débute environ au Ve siècle avant notre ère dans un territoire qui n’est pas encore la France, qui est peuplé de Celtes et qui ne semble ne jamais avoir produit de vin avec les raisins des vignes sauvages qui poussaient dans certaines régions. Si les premiers vins qui arrivent sur le territoire de la France sont ceux des Étrusques aux alentours du VIIIe siècle av.J.C., ils furent supplantés par les Phocéens, ce peuple grec d’Anatolie (la Turquie d’aujourd’hui) qui fondèrent le port de Massalia (Marseille) au VIe siècle a.v.J.C. . On estime que les marchands grecs importaient 10 millions de litres (2,6 millions de gallons) à cette époque. Les Grecs avaient commencé à planter des vignobles au mitan du premier millénaire avant notre ère et ils fabriquaient aussi leurs propres amphores. Les armées romaines franchirent les Alpes en 125 av. J.C., et en quelques années, elles prennent le contrôle des régions côtières de la Méditerranée, de la Gaule jusqu’à l’Espagne. Les Romains importent d’abord leur vin de Campanie et on estime que 12 millions de litres sont envoyés vers le territoire français chaque année (André Tchernia), une quantité bien supérieure à celle qui suffisait sans doute à  étancher la soif de leur armée et il existait donc un commerce dynamique avec les populations locales.

On pense que les premiers vignobles implantés par les Romains en Gaule l’aient été à Gaillac près de Toulouse et près de Vienne dans la vallée du Rhône (Roger Dion). Le dynamisme de la production et du commerce des vins semble avoir été dicté par la croyance des Romains; ils pensaient que le vin élèverait la culture du peuple celte, un élément qui sous-tend sans doute la supériorité des Français dans la culture du vin dans le monde d’aujourd’hui.

Arracher planter

En 92 apr. J.C., l’empereur Domitien ordonna l’arrachage de la moitié des vignes de la Gaule et des autres provinces d’Italie et il interdit aussi la plantation de nouveaux vignobles pour protéger le marché romain et les terres adaptées à la culture du grain plutôt que de la vigne.

Et du Moyen Âge jusqu’à nos jours, l’histoire de la viticulture française est celle de l’adéquation, de la régulation, entre l’offre et la demande. L’édit de Domitien resta lettre morte et fut abrogé en 280. Les premières vignes à Bordeaux apparaissent durant le premier siècle de notre ère. Les coûts de transport encourageaient les plantations situées près des centres urbains comme Bordeaux ou Paris.  Les premières vignes sont signalées en Bourgogne mais la source indique que les vignes sont âgées, ce qui indique que la viticulture date probablement du IIIe siècle. Au IVe siècle la viticulture est présente près d’Auxerre dans la vallée de l’Yonne et au Ve siècle dans la région de Paris et dans la région nantaise fin Ve siècle. À la fin de l’Empire Romain d’Occident, la viticulture est déjà bien établie dans les principales régions viticoles françaises d’aujourd’hui : Bordeaux, la Loire, le Rhône, l’Alsace, la Champagne et la Bourgogne.

Deux variétés semblent avoir dominé l’encépagement à cette époque lointaine, le biturica, une variété sans doute basque, ancêtre de la carménère, largement plantée autour de Bordeaux et l’allobrogica dans la vallée du Rhône septentrionale, peut-être de la mondeuse noire ou une variété avec une relation de parentage.

Buste de Domitien, musée du Louvre. Source: wikipedia.org

MOYEN-ÂGE (Ve-XVe SIECLES) : LA MAIN-MISE DE L’ÉGLISE ET DE LA NOBLESSE SUR LE VIGNOBLE

 Le IXe siècle voit la réémergence d’une plus grande stabilité politique sous le règne des Carolingiens. Â cette époque le vin était l’apanage de l’élite ; et on y ajoutait eaux, miel, herbes aromatiques. Tandis que la bière faisait le bonheur des plus modestes.

Le développement de la culture de la vigne et de la production de vin ont accompagné l’essor du christianisme, il faut du vin pour la messe ; même si avant l’apparition de la nouvelle religion, mononthéiste, le vin avait ses dieux, Dionysos en Grèce, devenu Bacchus à Rome.

Les invasions barbares après la chute de l’Empire Romain menacent la production de vin, non pas par manque d’intérêt pour ce breuvage mais par manque de discipline pour le produire (Edward Gibbon). Cependant la viticulture ne périclite pas et elle devient même plus florissante ; elle s’étend le long de la Seine, de l’Yonne, de la Loire et de ses affluents. Les échanges rebondissent car la sécurité des voies de communication s’améliore. Charlemagne encourage la viticulture et il aurait été à l’origine des plantations dans le district rhénan et il donna à l’Église une partie de la fameuse colline de Corton qui est aujourd’hui l’AOP Corton-Charlemagne,  même s’il existe encore une AOP Charlemagne, mais qui n’est plus utilisée aujourd’hui. 

La colline de Corton, vue du sud-ouest, avec les vignes sur les pentes. Source: https://upload.wikimedia.org/

Le développement du christianisme renforce la mainmise de l’Église sur la viticulture et de nombreux monastères possèdent leurs propres vignobles. L’abbaye bénédictine de Saint-Germain-des-Prés possède 20 000 hectares (50 000 acres) dont environ 350 hectares (1 215 acres) sont plantés en vignes. Les Bénédictins sont parmi les premiers à établir un code de bonne conduite et concernant la consommation d’alcool. Les données de l’époque indiquent que les moines boivent en moyenne 1,55 litre (0,41 gallon) de vin par jour et les nonnes un peu moins, 1,38 litre (0,36 gallon).  Le vin devient partie intégrante du régime alimentaire des Français surtout dans les régions viticoles alors que la bière s’y substitue dans les régions non productrices. La profession médicale encouragera jusqu’au XXe siècle la consommation de vin, déclaré bon pour la santé.

L’Église n’est pas la seule propriétaire de vignobles, la noblesse en possède aussi, produisant du vin pour sa consommation et pour la vente. Malheureusement les archives de ces propriétés ont été perdues ou détruites et l’on ne sait pas quelle proportion était détenue par le clergé et la noblesse.  

L’époque carolingienne voit un important développement de la viticulture en Champagne même si le vin n’est encore qu’un vin sec tranquille. Au Moyen Âge, pendant environ 200 ans (fin 1000, mitan 1300) un réchauffement climatique avec des hivers plus chauds et des étés plus secs dans de nombreuses parties de l’Europe favorise la viticulture et pousse l’expansion du vignoble vers le nord. Durant cette période, on estime que la population française a doublé et elle compte alors  autour de 18 millions d’habitants avant l’arrivée de la Peste Noire qui l’amputera d’un bon tiers, provoquant  un déclin de la viticulture  avec l’abandon de nombreux vignobles.

Une région viticole majeure naît en France quand s’instaure   à partir de 1309 et pendant 40 ans la dualité papale, avec le Grand Schisme de l’Église catholique romaine qui se divise en deux courants rivaux, un pape à Rome et un pape à Avignon dont la région viticole  proche  se développe  et est connue sous le nom de Châteauneuf-du-Pape.

Les Croisades à partir du XIIe siècle représentent une manne pour l’Église, en effet beaucoup de chevaliers font des dons de terres et de vignobles à l’Église pour que soient dites des prières   pour la paix de leur âme au cas où ils viendraient à perdre la vie. L’abbaye cistercienne de Cîteaux en Bourgogne accumule ainsi des centaines d’hectares de vigne dans certaines des régions viticoles les plus prestigieuses aujourd’hui. 

La Bourgogne est déjà reconnue pour son pinot noir mais le gamay, plus facile à cultiver est aussi omniprésent. Philippe le Hardi déclare en juillet 1395 que « le gamay n’est pas bon et manque de loyauté » et ordonne l’arrachage de ce cépage, un mois avant les vendanges. Il est plus que probable que les vignerons ignorèrent cette injonction.

Au Moyen Âge les vins de Bordeaux viennent de Gaillac, Moissac et Cahors et les vignobles bordelais se situent dans un rayon de 6-8 kilomètres de la ville. Le vin produit dans la région bordelaise est le claret (un vin entre un rosé et un rouge léger), il est consommé dans toutes les strates de la population, le nom de claret est le terme générique qui sera utilisé par les Anglais pour décrire les vins de Bordeaux jusqu’au XIXe siècle. Les Anglais ont à l’époque médiévale le quasi-monopole du marché (jusqu’en 1451, on est à la fin de la Guerre de Cent Ans,  quand Bordeaux revint à  la France)   du clairet et les nombreux marchands accompagnent leur vin à Londres où ils établissent des entrepôts le long de la Tamise. En 1329, les exports de clairet en Angleterre se montaient à 25 millions de litres (6,6 millions de gallons).

À partir de 1500, la production et les ventes reprennent même si dans certaines régions marginales comme la Normandie  la vigne  est remplacée par l’arboriculture. Nantes sur la côte atlantique, en plus de charger les navires avec le précieux sel de Guérande, devient un important port pour le  transport de vin qui prend le nom de « Vin de la Mer » ;  l’on estime qu’en 1550, 18 000 barriques transitent par le port chaque année. Au début des années 1500, le pinot noir est déjà au sommet de sa gloire et c’est un exemple parfait de la qualité qui vient à bout des obstacles géographiques car Beaune, d’où il provient, n’est pas située sur une voie de transport majeure.

De manière générale, le Moyen Âge voit l’émergence de l’ activité viticole en France. Bien que la plupart des vins français soient élaborés par des vignerons cultivant de petits vignobles et produisent du vin pour leur propre consommation et le marché local, de gros volumes de vin sont systématiquement expédiés en France et de France vers les marchés étrangers. Des réglementations et des taxes ont commencé à s’appliquer et l’extension des vignobles et l’augmentation de la production qu’elles impliquent suggèrent que le vin était consommé beaucoup plus largement, en termes géographiques et sociaux, qu’auparavant.

les Croisés. Source. Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=44361

L’époque médiévale jette ainsi les bases de l’activité viticole française, elles se sont édifiées au début de la période appelée « L’Époque Moderne »par les historiens, entre la fin du Moyen Âge et la Révolution Française.

1500-1700 : LA FRANCE CONSOLIDE SA POSITION DE PREMIER PAYS VITICOLE DU MONDE

La période qui va de 1500 à 1700 renforce l’identité viticole de la France et la positionne comme une nation qui élabore des vins de haute qualité. Les régions et les sous-régions et même les domaines viticoles qui produisent des vins supérieurs sont précisés.  De nouveaux vins sont élaborés, blancs liquoreux et effervescents, on assiste aussi à la naissance des brandies. Les exportations augmentent et en 1640, Bordeaux exporte 60 000 barriques par an.

Au XVIIe siècle l’intervention provenant des habitants des Provinces-Unies, les Hollandais, marque un bond en avant pour la viticulture française. A cette époque leur flotte est de loin la plus puissante du monde , elle assure en particulier le transport des vins de Bordeaux en Angleterre et dans le nord de l’Europe.  L’alliance Franco-hollandaise (1618-1648) et l’accord commercial de 1635 donnent aux Hollandais un accès sans restriction au marché bordelais et ils remplacent bon nombre des marchands anglais qui résident à Bordeaux. En 1640, les Hollandais transportent 60 900 litres (238 gallons) soit le triple des quantités transportées au siècle précédent. Ils sont pionniers aux avant-postes pour le comblement des marais (les palus), apportant leur expérience en matière de polders, ouvrant ainsi de nouvelles terres pour la viticulture. Le Médoc est reconnu pour sa production de raisins noirs et sera encépagé à marche forcée entre le mitan du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. Cette viticulture nouvelle change la donne commerciale sur les marchés des exportations. Alors que les Anglais continuent à préférer les clairets (clarets), les Hollandais sont friands des vins plus colorés et plus corsés. Des vins liquoreux sont ainsi produits dans la région bordelaise et le premier vin du Sauternais voit le jour en 1660.  En 1647, la Jurade de Bordeaux composé de notables et de marchands anglais et français est créée, elle établit des prix minimums et maximums pour les vins. On doit aux Hollandais l’invention de l’« allumette hollandaise » qui permet de soufrer les barriques avant de les remplir et ainsi de stabiliser les vins.  Les Hollandais accélèrent aussi l’émergence des brandies dans l’offre commerciale des boissons alcoolisées françaises. La première distillation a lieu en Charente en 1624 et le brandy connait un succès commercial instantané ;  en effet il occupe  moins de place dans les bateaux et se conserve plus longtemps. La région d’Armagnac produit ses premiers volumes commerciaux en 1650. Mais le succès des Hollandais suscite des inquiétudes et Colbert, le ministre des finances(1665-1683) de Louis XIV impose des tarifs punitifs aux marchands étrangers qui pénalisent l’exportation des vins de Bordeaux.  L’importante influence des Hollandais prent fin en 1672 avec la guerre entre la France et les Provinces-Unies. Les marchands hollandais s’établissent alors à Porto et commercialisent les vins de la Douro et de Madère et les vins espagnols de Jerez et de Málaga. Le traité de paix entre la France et la Hollande normalise les relations entre les deux pays mais les Anglais se voient refuser les mêmes conditions que les Hollandais et le gouvernement anglais bannit les importations françaises.  Les Anglais se tournent vers le Portugal  mais il  ne produit pas  les volumes suffisants pour approvisionner le marché. Les vins bordelais sont donc envoyés au Portugal avant d’être réexportés en Angleterre. Cependant les marchands anglais développent leurs activités dans la Douro devenant ainsi des acteurs incontournables dans le développement du Porto. Le traité de Methuen, qui garantit aux Hollandais des tarifs douaniers plus bas que sur le vin français,  signe la fin des rapports commerciaux privilégiés entre la France et l’Angleterre.

Colbert. Source. By Philippe de Champaigne – Metropolitan Museum of Art, online collection (The Met object ID 435886), Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1353933

Mais l’essor de la viticulture au début du XVIIIe siècle inquiète les autorités, la vigne empiète sur les terres à grains. Des mesures sont prises un peu partout en France et en 1724, Bordeaux interdit les nouvelles plantations et ordonne que les vignes plantées depuis 1709 soient arrachées. Les diverses interdictions n’ont guère d’effet et seront levées en 1758.

Dès 1745 les classifications des vins de Bordeaux commencent à apparaitre avant que celle de 1855 ne s’impose.

L’autorisation royale de mettre en bouteille du Champagne effervescent est accordée en 1728, soit bien après la mort de Dom Pérignon (1715) à qui on attribue la découverte de la deuxième fermentation en bouteilles.

Dom Pérignon.Source. By Victor Grigas – Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=36666400

XVIIISIÈCLE : LA SCIENCE POUR AMÉLIORER LA QUALITÉ DES VINS

L’amélioration générale des vins de qualité au XVIIIe siècle s’est appuyée sur les recherches et les expériences de scientifiques – botanistes, agronomes et chimistes, entre autres – qui incarnaient l’esprit des Lumières. À partir du milieu du siècle, le nombre de livres et de brochures consacrés à la viticulture et à l’élaboration du vin s’est considérablement accru. L’Académie de Bordeaux encourage la rédaction de traités sur ces sujets et invite en 1756 à des contributions sur le thème « Quelle est la meilleure manière de faire, clarifier et conserver les vins »? Mais parallèlement à la connaissance se développent souvent la fraude et la contrefaçon.  En 1794, les autorités de Paris prélèvent des échantillons de 68 cabarets et tavernes et constatent que seuls huit peuvent être considérés comme du vin. Mais le vin, même mauvais qui titrait 7% ou 8% était considéré comme une boisson plus saine que l’eau , il l’était sans doute avant l’installation des réseaux d’assainissement. On estime qu’à cette époque, la consommation des hommes était d’environ deux litres par jour, ce qui représente un apport calorique non négligeable dans l’alimentation.  C’est aussi le début du problème de santé publique, celui des méfaits de l’alcoolisme; auquel sera confrontée la France (dès le XIX° lire Zola) et puis au XX° siècle, après de la Seconde Guerre Mondiale.

1789 : LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

La Révolution Française provoqua un bouleversement de la propriété foncière, les biens des religieux furent confisqués, désormais appelés « biens nationaux ». Ils résultent des innombrables dons et legs des fidèles au cours des siècles passés. Leur valeur équivaut à environ dix fois le montant du budget annuel du royaume, et L’État doit faire face à sa dette colossale. Les biens du clergé sont donc vendus, rachetés par la bourgeoisie et les paysans aisés, occasionnant donc des transferts important dans la propriété des vignobles, par la-même, la qualité et la consommation sont encouragées .. Il semble que des paysans aient pu aussi acquérir une partie importante des terres, en particulier dans le sud de la France pour y planter des vignes, alors que par le passé l’expansion du vignoble était le résultat de l’achat de terres par les plus riches. 

Les cahiers de doléances, dont la rédaction avait précédé la réunion des Etats Généraux en 1789, avaient fait état d’un rejet massif de l’impôt y compris sur les vins si bien qu’il est aboli en 1791. Les terres viticoles augmentent modestement de 1,58 million d’hectares (3,9 millions d’acres) en 1788 à 1,68 million (4,15 millions d’acres) en 1808, et la production annuelle de vin passe de 27,2 millions hectolitres (719 millions de gallons) avant la Révolution à une moyenne de 36,8 millions de litres (972 millions de gallons) pour le période de 1805 à 1812, une augmentation d’un tiers en une vingtaine d’année.  Ces ventes à la découpe du vignoble et le changement des lois sur l’héritage en 1793, qui accordent à chaque enfant la même part, aboutissent   au fractionnement des terres viticoles. La Révolution Française a été globalement une période positive pour le vin. Les restrictions à la plantation ont été supprimées et les terres plantées de vignes ont été étendues ; les impôts ont été abaissés et le prix du vin au détail  a baissé ; la qualité est encouragée. Aucun vignoble n’a été abandonné à la suite de la confiscation des terres de l’Eglise.

Le XIXe siècle est à la fois l’âge des difficultés et celui de la transformation du vignoble français en particulier pour le Bordelais et la Bourgogne.

La classification des châteaux bordelais de 1855 fut établie en  toute hâte pour l’Exposition Universelle de Paris qui se tenait  cette année-là. Elle ne reflétait pas nécessairement la qualité mais les prix de vente pratiqués alors . Elle est toujours en vigueur aujourd’hui, elle n’a subi qu’une modification majeure, la promotion du Château Mouton Rothschild de Deuxième cru en Premier cru en 1973.

Les vins inclus dans la classification de Bordeaux de 1855 ne représentaient que quelques-uns des vins français les plus réputés au milieu des années 1800, mais les vins de qualité de ce type ne représentaient qu’un très faible pourcentage des vins  produits dans le pays  dont la plupart étaient élaborés avec des variétés à hauts rendements, peu coûteux et médiocres. La majorité viennent du Languedoc-Roussillon, qui dans les années 1850 produit la moitié du vin du pays. En 1860, toutes les grandes villes viticoles du Languedoc-Roussillon sont reliées par chemin de fer au million d’habitants de Paris, le plus important marché viticole de France, et aux autres marchés urbains du nord de la France.

La superficie totale des vignes culmine en 1874 avec 2 465 000 hectares (6 091 000 acres), soit trois fois la superficie viticole de la France aujourd’hui.

Prise de la Bastille.Au centre, on peut voir l’arrestation du gouverneur de la Bastille, Bernard René Jourdan, marquis de Launay (1740-1789). Par Jean-Pierre Houël — Bibliothèque nationale de France, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=106405

1863 : LE PHYLOXÉRA

En 1863, des rapports émanant du sud de la France et de la vallée du Rhône indiquaient que des vignes périssaient sans que l’on sache pourquoi. Il faudra une décennie avant qu’il y ait consensus, parmi les scientifiques et les vignerons : le phylloxéra était la cause directe de la dévastation du vignoble français, et presque une autre décennie pour commencer à appliquer le remède : le greffage systématique sur souche américaine. En 1878, près de la moitié des départements français étaient touchés, avec 370 000 hectares (915 000 acres) de vignes mortes et 250 000 hectares (620 000 acres) en train de dépérir, soit plus du quart de la superficie viticole nationale.  Cette situation va pousser de nombreux viticulteurs à planter des hybrides qui perdureront jusque dans les années 1930.

L’un des premiers « remèdes » contre le phylloxéra consistait à submerger tout le vignoble pendant une période recommandée de 40 jours (20 jours ne tueraient pas les pucerons, plus de 40 jours pourraient tuer la vigne) chaque année. Des machines à vapeur pompaient l’eau dans les vignes. Ici une publicité de 1880. Source: American Association of Wine Economists AAWE.

1900-1935 : LA COLÈRE DES VIGNERONS ET DES LOIS EN SÉRIES POUR CIRCONSCRIRE LE PROBLÈME

Le legs social du phylloxera ne fut pas neutre, de nombreux petits vignerons qui vivaient d’une récolte à l’autre firent faillite et les familles ajustèrent leur nombre d’enfants à leurs revenus et comme dans tout le pays le nombre de décès dépassa alors celui des naissances. La consommation annuelle par habitant passe de 148 litres (39 gallons) à la fin des années 1860 à 93–104 litres (25–27 gallons) au cours des années 1880 avant de passer à 108–122 litres (29–32 gallons) au cours de la décennie suivante.

La contrefaçon, la fraude, sont la norme dans la plupart des régions viticoles, ce qui pousse le gouvernement à adopter une loi en 1905 dans le but d’assurer une concurrence loyale plutôt que de protéger le consommateur.

La Grande Inondation de Paris en 1910 (« Crue de la Seine de 1910 ») était une catastrophe au cours de laquelle la Seine a inondé l’agglomération parisienne. Malgré des dégâts massifs d’environ. 1,5 milliard de dollars en argent d’aujourd’hui, il n’y a eu aucun décès. Ici, le chai parisien de Bercy.American Association of Wine Economists AAWE

La période de relative prospérité après le phylloxera fut suivie par une dépression économique du vignoble de 1900 à 1910, elle poussa les vignerons du Languedoc-Roussillon à la colère, aux revendications. Mais, alors que les vignerons pensaient que la contrefaçon était la source de leurs déboires, ils ignoraient que la hausse des rendements qui avait suivi la replantation du vignoble avait créé une situation de surproduction. Les manifestations dans toutes les villes du sud de la France s’amplifièrent au fil des semaines, protestant contre les importations de vin. Le gouvernement envoie la troupe qui tire sur la foule à Narbonne faisant 5 morts et 10 blessés. Une partie des soldats se mutine, ils fraternisent avec les paysans. Le gouvernement recule et choisit la voie règlementaire, passe une loi à la hâte le 20 juillet 1907. Elle contraint les producteurs à déclarer annuellement la quantité de leur récolte et le volume de leurs réserves de vin (y compris les vins fins en vieillissement dans les entrepôts et les caves).  Ces déclarations donnent aux autorités des informations sur le volume de vin qui est mis sur le marché chaque année. La loi a également frappé le vin frelaté en fixant des limites à la quantité de sucre pouvant être utilisée dans l’élaboration du vin et tend à encourager la qualité en interdisant la vente de substances destinées à améliorer le vin défectueux. Une nouvelle législation dans les mois suivants réglemente le commerce du vin et crée une agence centrale pour la répression des fraudes. En septembre 1907, une loi importante définit le vin comme le produit exclusif de « la fermentation alcoolique de raisin frais ou de jus de raisin frais ». À partir de 1908, le gouvernement définit en termes généraux les régions qui produisent des vins de qualité distinctifs. C’est l’embryon de la législation sur les appellations d’origine contrôlée (AOC) qui verra le jour dans les années 1930.

Meeting vigneron où prennent la parole Ernest Ferroul, maire de Narbonne et Marcelin Albert. Source: Par unkowm derivative work by JPS68 — Scan book Postcard 1907, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15324143

La replantation des vignes est en cours quand la Première Guerre Mondiale éclate et la région Champagne devient un champ de bataille, suspendant ainsi le renouveau du vignoble. La baisse de production pousse les marchands à importer des vins d’Espagne, du Portugal et les importations sont quatre fois supérieures aux exportations. Les Français développent la viticulture dans leurs possessions coloniales, en Algérie et à un degré moindre en Tunisie. Les vins du Maghreb sont assemblés avec les vins bon marché français. La France importe aussi la moitié de la production des raisins secs de Grèce pour faire du vin.   De nombreux vignobles ne sont pas replantés ; en particulier les vignobles les plus septentrionaux qui ne produisaient pas de raisin de grande qualité, déplaçant ainsi le centre de gravité de la viticulture française vers le sud.  La complantation   qui était la norme à l’époque fait place à des vignobles de variétés uniques plantées en rang.

1914-1918 : LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE. LES APPELLATIONS D’ORIGINE CONTRÔLÉE

La Première Guerre Mondiale à partir de 1914 apporte bien sûr son lot de difficultés pour la filière viticole. Les transports sont réquisitionnés, la main-d’œuvre manque dans le vignoble car les soldats  sont au front mais il leur faut du vin . Pour chacun d’abord un quart de litre de vin, rebaptisé par eux « pinard « , puis un tiers, et un demi-litre auquel s’ajoute parfois une demi-tasse de brandy. Et puis, les soldats- les « poilus »-  peuvent acheter un quart de litre additionnel par jour de vin, à un prix préférentiel. Et certains le considèreront comme un élément important de la victoire en 1918. La France doit donc s’approvisionner au Portugal pour combler le déficit de production et satisfaire la demande. Certains poilus -vignerons- bénéficient du congé pour les vendanges. En 1918, le gouvernement réquisitionne 40% de la production de 1917 pour l’armée.  La consommation de vin est encouragée pour les raisons habituelles : il est nutritif et sain, une source d’énergie et une protection contre l’alcoolisme généré par les spiritueux. La Champagne, qui fut champ de bataille est dévastée, car un tiers de la superficie totale du vignoble et les deux cinquièmes des vignobles de grands crus ont été détruits, ne sont plus productifs parce qu’ils ont été négligés pendant quatre ans ou ont été touchés par le phylloxéra.

L’Alsace et la Lorraine perdues par la France après la guerre avec la Prusse en 1870 reviennent dans le giron français mais ont besoin d’une sérieuse remise à niveau. La guerre, malgré les lois votées en début 1900, n’a pas arrangé la fraude et la contrefaçon.  Même lorsqu’une appellation figure sur le vin d’un négociant, elle n’indiquait pas nécessairement l’endroit, le lieu, où les raisins ont été cultivés, car une pratique connue sous le nom d’« équivalence » permet à un négociant d’étiqueter un vin qui a  le caractère d’un vin d’une appellation avec le nom de celle-ci. Ainsi, les vins de n’importe quelle commune de Bourgogne pouvaient être étiquetés « Pommard » tant que le négociant pense que que le vin qu’il produit a le caractère du vin de Pommard.

Cette situation commence à changer lorsque, le 6 mai 1919, le gouvernement français adopte une loi qui fait un pas vers la reconnaissance de l’appellation comme indicateur primordial de l’identité et de la qualité du vin en France. La loi de 1919 prévoit la création d’appellations en conférant au tribunal civil de chaque arrondissement le pouvoir de définir le territoire sur lequel sont élaborés ses vins distinctifs, mais les territoires des appellations suivent les divisons administratives et non pas celles des terroirs viticoles. La loi de 1919 permet aux associations (syndicats) de producteurs de vin de saisir les tribunaux civils pour la reconnaissance d’une appellation et permet à quiconque qui s’estime lésé par une appellation (par exemple en en étant exclu) d’intenter une action en justice. Mais donner aux tribunaux civils le pouvoir de décider comment les producteurs peuvent étiqueter leurs vins entraîne des milliers de procès concernant les appellations.

Suite à plusieurs scandales autour des appellations, la loi de 1919 fut modifiée en 1927. Les appellations ne peuvent être utilisées pour les vins issus de cépages hybrides, et les vins d’appellation ne peuvent être élaborés qu’à partir de raisins cultivés sur des « terres propres à produire » des vins d’appellation, un clin d’œil à la notion de terroir. En 1929, La France est divisée en sept régions et les niveaux d’alcool minimums pour chacune sont fixés annuellement, en fonction du millésime ; les vins ne respectant pas le minimum ne peuvent être vendus et consommés que dans la région où ils sont produits. En 1934, les hybrides sont bannis du vignoble français et les souches américaines doivent être arrachées, soit 6 000 hectares de vignes.

BON ET MAUVAIS alcool. Panneau pédagogique pour enfants français (1910). A noter la distinction entre les « boissons naturelles » vin-cidre-bière (BON) et les « alcools industriels » à base de betteraves-pommes de terre-grains (MAUVAIS). Les graphismes du cobaye en sont la preuve. Le vin a peu d’effet, le mauvais alcool le tue .Source: American Association of Wine Economists AAWE

C’est un décret-loi du 30 janvier 1935 sous la IIIe République qui institue « un Comité national des appellations d’origine de vins et eaux-de-vie   ainsi qu’« une catégorie d’appellations d’origine dite “contrôlées”» . Il ancre fermement la notion d’appartenance du vin et des eaux-de vins dans un lieu géographique (le terroir). Les appellations d’origine contrôlée font boule de neige à partir de cette date. Le système AOC est un tournant décisif pour la viticulture française. Les exportations vers les États-Unis commencent à reprendre, la Prohibition ayant été supprimée en 1933. La Champagne   y expédie près de huit millions de bouteilles en 1935-1936 et près de douze millions chacune des deux années suivantes. C’est à cette époque aussi que le muscadet fait son apparition dans les restaurants de Paris et d’autres régions de France, où il devient le vin français par excellence pour accompagner les fruits de mer.

La stabilisation du système des appellations et la reprise progressive des marchés du vin après la grande dépression née en 1929 semblent marquer la fin de sept décennies cauchemardesques et le début d’une période prometteuse. Mais cet espoir ne dure que quelques années.

Source: Domaine Public

1939-1945 : LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE ET L’OCCUPATION DE LA FRANCE PAR L’ALLEMAGNE: RAZZIA SUR LE VIN FRANÇAIS

En septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne, dont les troupes l’envahissent le 13 mai 1940. Le 5 juin, Paris est occupée et le 22 juin, un armistice est signé, permettant à l’Allemagne d’occuper l’ouest et le nord stratégiquement importants de la France (y compris Paris) et à l’Italie occuper une petite zone au sud-est. Le reste de la France (avec l’Algérie) reste en zone libre.

La victoire de l’Allemagne et l’arrivée à Vichy d’un gouvernement collaborateur puis collaborationniste vont avoir bien sûr un impact important. La plupart des régions viticoles les plus connues du pays, dont l’Alsace, la Champagne, la vallée de la Loire, la Bourgogne et certaines parties du   Bordeaux, se trouvent dans des zones désormais occupées en 1940. Des domaines appartenant à des propriétaires juifs sont expropriés (Château Mouton Rothschild, Château Langoa de Ronald Barton). Pendant l’Occupation, le régime de Vichy publie plus de cinquante lois, décrets et édits sur le vin, auxquels beaucoup de viticulteurs, de producteurs et de consommateurs se sont discrètement opposés. Seules 6 AOCs sont établies pendant l’occupation mais, une fois les dommages de guerre réparés et les vignobles remis en état, de nombreuses nouvelles appellations sont ratifiées.

Un soldat allemand s’est « réservé » quelques bonnes bouteilles.  SUNSET PRESSE

LE DÉVELOPPEMENT DES COOPÉRATIVES

La fin de la guerre marque aussi la primauté des vins de Bordeaux aux exportations, ils constituent 75% des vins français exportés aux États-Unis. Créées dans les années 1930, une nouvelle génération de coopératives voit le jour dans les années 1950. Le travail des coopératives s’est avéré essentiel pour établir les conditions préalables aux AOCs dans de nombreuses régions de France. Elles comprennent Buzet au sud-ouest, le Poitou dans la vallée de la Loire et les Hautes-Côtes de Beaune et Marsannay en Bourgogne. Au milieu des années 1980, il y avait plus de 1 100 coopératives en France. La plus forte concentration reste le Languedoc-Roussillon, mais il n’y a pas de département viticole significatif qui ne compte au moins une coopérative. Leur succès est indiqué par le fait que si la surface viticole totale de la France a considérablement diminué entre 1950 et 2000 (de 1,3 million à seulement 1 million d’hectares, ou 3,2 millions à 2,5 millions d’acres), la surface cultivée par les coopératives est restée stable. Comme cela le suggère, la proportion de vin français produit par des coopératives a augmenté régulièrement et, à la fin des années 1990, les deux cinquièmes des vignerons français étaient membres de coopératives, qui produisaient la moitié du vin en France. 140 coopératives champenoises fabriquent un peu plus de la moitié du Champagne produit, et nombre d’entre elles ont développé des marques très performantes.

Source: Domain Public

En 1956 un hiver particulièrement rigoureux frappa la France, 45% des vignes bordelaises furent détruites et 45% endommagées. La rive droite de Bordeaux fut gravement touchée, la plupart des vignes de Pomerol détruites.  L’INAO accepte que le merlot soit le cépage dominant de la région. Le cabernet franc est autorisé à occuper un tiers du vignoble, le cabernet sauvignon étant relégué à un petit pourcentage.

À cette époque, les pauvres consomment des vins de coupage produits avec des raisins du sud de la France et des moûts algériens. L’Algérie, qui à cette époque est française, est le plus important exportateur de vin au monde et les vins algériens représentent 41% des exportations mondiales . 

LE DÉCLIN DE LA CONSOMMATION DE VIN ET DE LA CULTURE DE LA VIGNE

Les surfaces plantées en vignes déclinent lentement mais régulièrement tout au long des années 1960 et 1970, reflétant une baisse à long terme de la consommation française de vin. À la fin des années 1930, la consommation de vin par habitant en France était de 170 litres (45 gallons) par an (un demi-litre ou 0,13 gallon par jour). Dans les années 1970, elle tombe à 110 litres (29 gallons) par habitant, au début des années 2000, elle est de 57 litres (15 gallons) et en 2014, elle n’est plus que de 43 litres (11 gallons).

Aujourd’hui c’est l’Union Européenne qui tente de réguler l’adéquation entre l’offre et la demande et en 1988, ses instances décident de réduire la taille du vignoble européen. La superficie viticole française qui était encore de 1 000 000 d’hectares (2 500 000 acres) en 1986 tombe à 792 000 hectares (1 960 000 acres) en 2015. Si la concurrence des pays du Nouveau Monde n’impacte pas sensiblement les exportations des vins français du haut de gamme, elle s’avère redoutable pour les vins d’entrée de gamme. En 2015, plus de 50% des vins produits en France sont des vins de qualité AOC.

Aujourd’hui, les préoccupations des viticulteurs et des consommateurs, autres qu’économiques, se portent sur le développement d’une viticulture durable, la viticulture et le vin biologique, la biodynamie et les vins nature.

CLIMAT

Le climat de la France est généralement favorable à la culture de la vigne. La majeure partie du pays se situe dans la partie sud de la zone tempérée, bien que la zone subtropicale englobe sa frange méridionale. La France entière est considérée comme étant sous l’effet des influences océaniques, modérées par la dérive nord-atlantique à l’ouest et la mer Méditerranée au sud. Les températures annuelles moyennes diminuent vers le nord, avec Nice sur la Côte d’Azur à 59 °F (15 °C) et Lille à la frontière nord à 50 °F (10 °C). Les précipitations sont apportées principalement par les vents d’ouest de l’Atlantique et se caractérisent par des dépressions cycloniques. Les précipitations annuelles sont variables entre 500 mm et 80 mm par an et peuvent être supérieures à 1 270 mm (50 pouces) à des altitudes plus élevées.

Le climat de la France peut donc être divisé selon trois grandes zones climatiques – océanique, continentale et méditerranéenne, avec quelques variations dans le Bassin aquitain et dans les montagnes. Le climat océanique pur prévaut dans le nord-ouest, en particulier en Bretagne. Le vignoble nantais au sud de la Bretagne jouit de ce climat humidité extrême, précipitations modérées 890 mm ( (35 pouces) tombant tout au long de l’année) accompagnées de nébulosité et de brume, fréquence et parfois violence des vents d’ouest qui soufflent presque constamment ; et grandes variations du temps, qui peut changer plusieurs fois par jour. Ce climat océanique est quelque peu modifié vers le nord, où les hivers sont plus frais, et vers le sud, où, dans le Bassin aquitain, les hivers sont doux et les étés plus chauds en particulier dans le vignoble de Cognac et le vignoble bordelais. Le Bassin aquitain est intermédiaire entre les climats océaniques et méditerranéens

Climat actuel

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Le nord-est est particulièrement affecté par un climat continental. La ville de Strasbourg a la plus grande amplitude thermique de France. L’hiver y est froid, avec une moyenne de 83 jours de gel et un enneigement de plusieurs semaines, bien que le temps soit souvent ensoleillé. En été, les tempêtes provoquent des précipitations maximales dans la région en juin et juillet, bien qu’au total elles soient au total soient relativement faibles. C’est le climat du vignoble d’Alsace.

Au sud-est, le climat méditerranéen s’étend sur les plaines côtières et pénètre la vallée du bas Rhône jusqu’à la région de Montélimar. Il affecte les Alpes du Sud, les versants sud-est des Cévennes et de la Montagne Noire (dans le Massif central), et les Pyrénées-Orientales. La latitude et la proximité de la mer Méditerranée chaude contribuent à des hivers doux, avec une température moyenne de 8 °C (47 °F) en janvier à Nice et avec seulement quelques jours de gel. Les précipitations sont abondantes et ont tendance à tomber en averses soudaines, surtout en automne et au printemps, alors que l’été est presque complètement sec pendant au moins trois mois. En Languedoc-Roussillon côtier, les précipitations annuelles totales peuvent être aussi faibles que 430 à 500 mm (17 à 20 pouces). C’est une région unique en raison de son ciel dégagé et de la régularité des beaux jours. Cette zone est également soumise aux vents violents du nord,appelés mistral, propres au sud de la France. Les vents sont causés par les zones anticycloniques du centre de la France qui se déplacent vers les zones dépressionnaires du golfe de Gênes. Les systèmes d’irrigation permanente sont caractéristiques des basses terres méditerranéennes.

Le climat de la Bourgogne peut être qualifié de semi-continental, il se caractérise par des étés plus chauds et des hivers plus froids que le climat océanique. En juillet-août, la température moyenne est comprise entre 18 et 22°C. En janvier, le mois le plus froid, elle oscille entre 0°C et 3,5 °C.

Climat futur

GÉOLOGIE, TOPOGRAPHIE ET SOLS

Source: BN25
Revue scientifique Bourgogne-Nature – 25-2017, 115-129

Les deux cartes indiquent que les sols viticoles ne sont pas réservés à une époque de formation géologique ou à des sols spécifiques. Aucun type de terrain du territoire français n’a échappé́ à une implantation viticole.

Les vignobles de Basse-Loire et du Beaujolais occupent les terrains acides du Primaire (granite, gneiss et micaschistes) ; ceux de Champagne et de Cognac, des terrains sédimentaires du Crétacé́ et du Tertiaire ; les vignobles de Chablis et du Jura, des terrains marno-calcaires du Jurassique, ceux des Côtes du Rhône méridionales, du Languedoc et du Roussillon, des terrasses de graviers du Quaternaire. Les terroirs bourguignons se trouvent pour l’essentiel sur des « cônes d’épandage » créés par le mouvement de surface  au cours des périodes froides du Quaternaire, alors que les gels et dégels saisonniers provoquaient un intense travail  des matériaux de surface.

Cette variété géologique s’applique également à l’intérieur d’une région viticole donnée. Le vignoble d’Alsace en est un bon exemple. Installé sur les contreforts est des Vosges, il repose sur une grande variété de terrains aux caractéristiques lithologiques très variées :

–  des granites migmatiques au pied du socle vosgien,

–  des calcaires et calcaires marneux du Trias inférieur (Buntsandstein),

–  des grès du Trias moyen (Muschelkalk),

–  des marnes du Trias supérieur (Keuper) et du Jurassique inférieur (lias),

–  des calcaires du Jurassique moyen affleurant au sommet des champs de fracture du  rebord vosgien,

– des conglomérats de l’Oligocène, et même des loess du Fossé rhénan.

Les vins issus de ces différents supports géologiques présentent des différences gustatives notoires mais ils répondent tous aux critères caractérisant les vins d’Alsace.

De même pour certains vignobles de la vallée de la Basse-Loire. Le melon de Bourgogne qui est le principal cépage des AOP Muscadet pousse sur des terrains diversifiés, schistes « Biovériens » (âge antécambrien) jusqu’aux alluvions récentes d’âge quaternaire. L’essentiel des terrains est constitué́ des roches très denses et très anciennes appartenant au socle antécambrien du Massif armoricain. Ce sont des roches d’origine volcanique issues d’une très ancienne ouverture océanique  de la période hercynienne mais on trouve aussi des roches métamorphiques (migmatites, gneiss et micaschistes), des granites d’âge hercynien, des grès d’âge carbonifère.

Pourtant les AOPs du Muscadet produisent de vins avec une typicité et d’une unicité qui caractérisent leurs appellations.

Peu de vignobles sont implantés directement sur leur substrat primaire. Les minéraux argileux sont les supports des matières minérales nécessaires à la vigne. Les deux composés les plus fréquents dans les sols sont les composés humiques (matière organique issue de la décomposition des feuilles, racines…) et les minéraux argileux issus de l’altération du substrat géologique. Leurs propriétés physico- chimiques respectives font qu’ils ont tendance à s’associer pour former les complexes argilo-humiques. C’est au sein de ces complexes que les radicelles viennent prélever leurs nutriments.

Pourtant les vignobles jurassiens ont réussi à s’acclimater sur les marnes abondantes de ce  territoire . La marne est une roche sédimentaire constituée d’un mélange de calcaire et d’argile (pour 35 à 65 %) formant la transition entre les calcaires marneux (5 à 35 % d’argile) et les calcaires (moins de 5 % d’argile). Les marnes sont moins compactes que les calcaires et moins plastiques que les argiles. Elles sont d’aspect terreux, de couleur variable du gris clair au noir, parfois vertes ou rouges ; elles présentent un grain fin et happent à la langue.

Les marnes non couvertes de formations superficielles ne sont pas des terres faciles pour la vigne. Très compactes en périodes sèches, elles se rétractent en formant des fissures ouvertes. Dans les périodes humides, elles deviennent très collantes et parfois plastiques.

Seuls quelques cépages particulièrement robustes et peu exigeants parviennent à s’implanter dans de telles surfaces : le poulsard et le   savagnin  en sont deux exemples.

Les terrasses de Chateauneuf-du-Pape sont un autre exemple de la résilience de la vigne et de sa capacité d’adaptation à des conditions extrêmes. Les sols ont été formés au Pliocène  par le retrait de la mer  qui a roulé des cailloux qui forment aujourd’hui le terrain. Les galets sont des quartzites de grandes dimensions mêlés à une matrice d’argiles rouges. C’est cette matrice qui, malgré sa faible quantité, permet d’apporter à la vigne les nutriments dont elle a besoin.

D’autres vignobles poussent aussi sur des sols très caillouteux à base de calcaire et de faibles matières organiques. C’est le cas des vignobles de l’Auxerrois, occupant le sommet des plateaux du Barrois, sur le territoire de la commune de Saint-Bris-le- Vineux et des vignobles de Sancerre développés pour partie sur les calcaires de l’oxfordien et du portlandien. L’extrême fragmentation du calcaire produit les fameux sols de « caillottes » et de « grignotte » qui donnent aux vins de Sancerre leur arôme minéral si particulier.

Remerciement:

Michel CAMPY Revue scientifique Bourgogne-Nature – 25-2017, 115-129

RÉGIONS VITICOLES

La viticulture s’étend sur près de 70% du pays et seule la partie nord-est du territoire français ne possède pas de vignobles.

Les principales régions viticoles sont :

Alsace

Beaujolais

Bordelais

Bourgogne

Bugey

Champagne

Corse

Jura

Languedoc

Lorraine

Lyonnais

Provence

Roussillon

Savoie

Sud-Ouest

Vallée de la Loire

Vallée du Rhône


Source: wikipedia.org revue par J.Uztarroz, terroirsdumondeeducation.com

Toutes ces régions possèdent des AOCs /AOPs qui sont  décrites en détail.

Les régions Cognac et Armagnac sont connues pour la production d’eau-de-vie AOP, Armagnac et Cognac. Il existe cependant deux AOPs Vins de Liqueur, le Pineau des Charentes à Cognac et le Floc de Gascogne AOPs en Armagnac mais qui sont habituellement classées dans la région du Sud-Ouest.

Pour consulter le détail des AOPs et la liste des IGPS, cliquez sur le lien suivant (accès libre) :FRANCE RÉGIONS VITICOLES

CÉPAGES

Parmi les vignes en production en France, on dénombre une cinquantaine de cépages principaux, dont les raisins diffèrent par le goût, la couleur, la grosseur. Les plus plantés :

      • Raisins rouges : merlot, grenache, syrah, cabernet sauvignon, cabernet franc, carignan, pinot noir, gamay noir ;

      • Raisins blancs : ugni blanc, chardonnay, sauvignon blanc, sémillon, chenin blanc, colombard.

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    LÉGISLATION ET RÈGLEMENTION

    La France a été la première nation viticole à se doter d’une série de lois qui ont abouti le 30 janvier 1935 à « un Comité national des appellations d’origine de vins et eaux-de-vie   ainsi qu’« une catégorie « d’appellations d’origine contrôlées » . Elles ancraient fermement la notion d’appartenance du vin et des eaux-de-vie à un lieu géographique (le terroir). Ces législations, aujourd’hui transférées sous le contrôle ultime de l’Union Européenne ont été copiées par tous les grands pays viticoles, y compris ceux du Nouveau Monde. Pour consulter le détail de la législation française et européenne, cliquez sur le lien suivant (accès libre): FRANCE LÉGISLATION ET RÈGLEMENTATION

    Source: Ministère de l’agriculture et de l’alimentation

    La viticulture et la production de vin n’est plus un hobby en France